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Quand ta première fois est un viol

Le sujet de ce jour peut vous sembler pas spirituel. Et pourtant, se respecter, respecter son corps et être respecté est fondamental. Cela n’a rien de non spirituel. Au contraire. Les femmes aujourd’hui réclament de ne plus être traitées comme des objets ou des « moyens de ». La mouvance du féminin sacré, qui croit depuis une dizaine d’année, porte aussi en elle les revendications des femmes d’être leur propre autorité en matière de religion et spiritualité, d’être des leaders ou des êtes dignes de respect à part entière. La condamnation du viol et des violences faites à l’encontre des femmes sont donc tout à fait des sujets à aborder dans le cadre de la spiritualité. J’ai mis beaucoup de temps à l’admettre. Peut-être parce cette réalité était trop difficile à digérer. J’ai été violée. Ma première fois a été un viol. Je n’en avais aucune envie, pourtant j’ai été incapable de me défendre et de dire non. Ma raison et mon corps se sont figés. C’est difficile à expliquer quand on ne l’a pas vécu. Beaucoup de gens ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre aussi. Mon agresseur n’était pas un total inconnu. Non c’était le mec avec qui je sortais, depuis peu. On m’avait prévenu pourtant. Il avait une réputation de salaud. Mais j’étais naïve. Je devais avoir 16 ans environ. J’étais mal dans ma peau. Je n’avais aucune confiance en moi. J’avais été aussi victime de rejet et harcèlement au collège. J’étais impopulaire. Mais arrivée au lycée, ça semblait aller mieux. Même si j’étais toujours trop soucieuse du regard d’autrui et très influençable.

La honte et la peur qui paralysent

J’avais toujours une image de moi-même déplorable. Je me pensais moche. Et je testais n’importe quoi pour essayer de changer cela. J’ai du changer plusieurs fois de coupe et de couleurs de cheveux, sans jamais être satisfaite. Le fait qu’un mec m’accorde de l’attention, veuille sortir avec moi et me parle, c’était… incroyable. Si incroyable que j’en devenais aveugle. Je n’ai pas écouté les copines de mon groupe, qui me disaient de me méfier de lui. Je me sentais enfin comme les autres filles, c’est à dire digne d’intérêt et d’attention. J’étais timide à l’extrême à l’époque. Abordé un mec pour moi c’était inenvisageable, même si il me plaisait. Au début il avait le charme d’un jeune amoureux qui s’intéresse à ta personnalité et pas ton cul. Je n’ai pas vu l’arnaque venir. Je n’avais pas envie d’y croire. Il était mignon en plus. C’était si inespéré.

Le lendemain du jour où on s’est rencontré, nous étions à une fête. Et non, je ne portais pas de tenue sexy, sauf si vous pensez qu’un jean qui te tombe jusqu’aux chevilles, des baskets et un sweat, c’est une tenue aguicheuse. Il y avait un concert dans le bar du centre bourg. Il m’a entraîné à l’écart dans les rues plus sombres, soi-disant pour qu’on soit tranquille pour parler et être ensemble. On a tant marché que je me suis retrouvée sans vraiment m’en rendre compte environ 1km plus loin au stade de foot à la périphérie de l’agglomération. Puis nous nous sommes installé au bâtiment, qui fait office de bar et vestiaires. Il n’y avait personne. Il faisait nuit. Il est devenu de plus en plus empressant. Je ne voulais pas, mais je n’arrivais pas à dire : « Non ». Il me tenait si fort. Difficile de se dégager de son étreinte. Je ne sais plus comment, je me suis retrouvée allongée au sol, plaquée et incapable de bouger sous son poids. C’était un sportif, il était beaucoup plus fort que moi. J’avais peur. J’avais vraiment peur qu’il me frappe, si j’osais me débattre. Et je n’y arrivais pas de toute façon, car je ne faisais vraiment pas le poids. Il était lourd. C’est alors que mon cerveau a comme bloqué, j’étais là, mais plus là. La scène se déroulait sans que je réussisses à réfléchir ou réagir. C’est lorsqu’on a entendu des voix appeler mon nom au loin qu’il s’est arrêté et que ça m’a sorti un peu, mais pas complètement de mon hébétude. Mes copines, inquiétes, me cherchaient. On s’est relevé, rhabillé. Il m’a dit surtout de ne rien dire. Et j’ai obéi. Je ne sais pas pourquoi. C’était stupide. Et puis lorsqu’on a retrouvé le groupe, après qu’il soit partie. Certaines de mes amies étaient fâchées que je me sois éloignée. Et elles me répétaient sans cesse de me méfier, qu’elles comprenaient pas ce que je lui trouvais et de rien espérer de lui. Et elles semblaient si remontées, que je n’ai rien osé dire. Elles avaient raison. Mais il était trop tard. J’avais si honte. Honte de ne pas les avoir écoutées, honte de ma naïveté et honte de ne pas avoir réagi et de m’être laissé faire. Si honte, que je n’ai rien dit, même à ma meilleure amie, même à ma famille. Les jours suivant, il m’a largué. Il avait obtenu ce qu’il voulait, se faire une « vierge », parce qu’elles sont plus étroites. C’est ce qu’il a dit à ses potes et à qui voulait bien l’écouter. Et ça a fini par me revenir aux oreilles de mes amies, qui me l’ont répété. Je n’avais donc plus d’intérêt pour lui. J’avais en plus gagné une réputation de salope, alors que j’étais la victime. Ne croyait pas que je vivais dans une banlieue sordide. Non, cela s’est passé dans un petit bled rurale bien tranquille, peuplé de bons citoyens catholiques pratiquants dans les années 90.

Se reconnaître en tant que victime

Je me sentais affreusement mal. Je n’ai rien dit. J’ai enfoui cela loin, très loin en espérant ne jamais me rappeler. Cela a impacté mes relations suivantes. Qui ont toutes été des désastres, jusqu’à ce que je traverse une dépression. Puis, pendant quelque temps, j’ai refusé toute relation, j’ai vécu un célibat choisi. Ma priorité était que j’aille mieux. Jusqu’à ce que je trouve un mec bien, sans le chercher, avec qui faire ma vie. Mais un jour cela a refait surface. Et il a bien fallu que je reconnaisse ce qui était arrivé des années plus tôt. Cela est venu hanté mes relations amoureuses, alors que je ne m’y attendais pas. Des flash-back, des blocages incompréhensibles. Alors que j’avais réussi à vivre avec pendant des années. Aujourd’hui, je peux enfin en parler. Témoigner est ma revanche, ma libération, ma victoire sur le silence et sur ce sombre connard ! Et j’espère que mon témoignage pourra aider d’autres victimes à se libérer du poids de la culpabilité, à oser parler et à se reconnaître victime. Nous ne voulons plus être des objets ou des « moyens de » (procréer, se faire plaisir, avoir du pouvoir, etc). Et je souhaite que les jeunes générations n’aient pas à vivre ce que j’ai vécu.


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