Autonomie, créativité, authenticité et libre expression dans le domaine spirituel

Parentalité païenne sans endoctrinement

Lorsque nous devenons parents, une foule de questions se posent concernant nos enfants et leur avenir. Et parmi elle, transmettre ou pas notre spiritualité ? Dans quelle mesure peut-on le faire sans leur imposer un choix ? Oui, parce que pour ma part j’estime qu’un choix spirituel engageant ne peut être fait qu’à l’âge adulte. C’est à dire lorsque la personne a pu apprendre à penser par elle-même, qu’elle a eu l’occasion de découvrir différentes cultures et traditions pour se forger son propre opinion, confronter les points de vue. C’est à dire pas pour faire plaisir à sa famille, aux copains, être « tendance » ou suivre la norme imposée par la société ou un groupe. Ce doit être à mon sens un choix mûri et librement consenti. Bref, si nous résumons le problème en une question, comment parler de sa spiritualité, de ses croyances et des valeurs que nous leur associons, sans tomber dans l’endoctrinement ?

Des familles païennes différentes, des solutions différentes…

Ici, il est surtout question du cas des néo-païens ou païens contemporains, membres de traditions renaissantes. La question se posera différemment pour des familles de traditions païennes ininterrompues, je pense par exemple à des hindous. Je pense pas qu’il y existe une seule réponse d’ailleurs. Celle-ci va varier en fonction des personnes, du contexte familial (famille recomposée, monoparentale…), l’âge des enfants et les traditions spirituelles concernées. J’aborderai donc seulement ici ma façon de voir les choses. Je ne peux pas parler pour tout le monde, évidement. Je pratique le rituel quotidien seule. D’une part parce que je suis la seule païenne pratiquante du foyer. Mais aussi parce que j’ai besoin d’être seule pour être dans le calme et entièrement présente à ce que je fais. Personne n’assiste donc à au rituel domestique avec moi, mais l’autel est accessible et visible de tous. Il m’est donc arrivé de répondre à des questions en termes simples de mon enfant sur ce qu’il y a dessus. Il aime particulièrement le dieu égyptien Bès, qui le fait rire avec ses grimaces. Il m’a aussi regardé préparer des bols de sel pour la purification de la maison. Il a posé des questions pour savoir ce qu’il y avait avec le sel et à quoi cela sert. Lorsqu’à l’école maternelle, ils ont étudié les saisons. Je lui ai appris plus sur les notions de solstices et d’équinoxes. Nous avons fabriqué une roue de l’année en carton, avec les saisons, avec une aiguille mobile en carton. Il peut ainsi lui-même positionner l’aiguille sur la saison en cours, ainsi que les points marquants les solstices et les équinoxes. Comme il adore la fête d’Halloween, ce fut l’occasion de lui parler des origines celtiques de cette fête populaire, mais comme aussi on fête les morts dans le monde, par exemple au Mexique avec « El dia de lors muertos » ou en Égypte ancienne. En faite j’aborde des notions de culture et de spiritualité païenne, si de lui-même il pose des questions en rapport avec celles-ci. Si il ne manifeste pas de volonté de s’intéresser au sujet, alors je ne l’impose pas. Par exemple, pour les livres il s’est intéressé de lui-même à l’Égypte ancienne, je lui ai donc acheté avec son accord des livres sur la mythologie adapté aux plus jeunes. Son père est fan de jeux vidéos. Pendant le confinement, l’éditeur a mis à disposition gratuitement les deux volets éducatifs Discovery Tour Égypte et Grèce antique, extraits du jeu Assassin’s creed. Nous lui avons demandé si cela l’intéressait en lui montrant les démos. Il était fasciné. Nous avons donc pris les deux Discovery Tour et exploré l’antiquité avec lui.

A son retour à l’école en septembre, il a même réalisé une maquette des pyramides du plateau de Gizeh en carton avec nous, pour les présenter à sa classe dans le cadre de la thématique de l’année « Explorer le monde ». C’est grâce au jeu, qu’il a compris la disposition du site et l’histoire des monuments. La culture populaire fournit à notre époque beaucoup de films, d’animations et de livres pour aborder le sujet des dieux, des déesses, des mythes et des cultures anciennes d’une façon pédagogique et sans imposer ses croyances.

Et qu’en dit le droit en Europe ?

Rappelons que la Convention européenne des droits de l’homme contient deux dispositions consacrées à la protection de la liberté de pensée, de conscience et de religion ou de conviction.

L’article 9
1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui,prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.

Convention européenne des droits de l’homme

L’article 2 du Protocole n°1 à la Convention européenne des droits de l’homme précise, dans le cadre du droit à l’instruction :

Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction. L’État,dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques.

L’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 présente une formulation plus complète qui fait référence à l’éducation religieuse au paragraphe 4.

4. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à respecter la liberté des parents et, le cas échéant, des tuteurs légaux de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions.

Vous avez donc tout à fait le droit d’enseigner vos convictions religieuses à vos enfants, tant que cela ne nuit pas à leur bien-être, et ne porte pas atteinte aux droits de l’enfant et aux droits de l’homme. Pour ma part, je me refuse à l’imposer. Je suis donc contre tout rituel engageant (dédication, serment, vœux…) avant la majorité, car le choix de suivre une religion ou une tradition spirituelle relève d’un choix individuel, fait par un adulte capable de penser par lui-même et dont le libre arbitre est respecté. En ce sens, ma pratique diffère des anciennes sociétés. En effet, lorsque vous veniez à Rome durant l’antiquité vous adoptiez le plus souvent la religion de votre famille, idem en Grèce, en Égypte..etc. Mais mon contexte est différent. Mon histoire et mon cheminement sont différents d’eux. Durant mon enfance, il m’a été imposé une religion et de suivre des rites engageants, alors que cela ne me convenait pas. C’est pourquoi je refuse de faire la même chose. J’ai le prosélytisme en horreur.

Exposer en public ses enfants, non !

De la même façon, je suis contre le fait de faire participer des mineurs à des rituels de groupes et surtout public. Être membre d’une association, c’est un engagement d’adulte et individuel, tant que nos enfants n’ont pas choisi leur voie spirituelle, à mon sens ils n’ont pas à être exposés publiquement comme « membre de ». Ce n’est pas leurs choix, mais celui de leurs parents. Je tolère et je comprends très bien par contre si ils demandent à participer aux rites quotidiens dans la sphère privée de la famille ou du foyer. Imaginez si l’un d’eux est pris en photo en public en tenue rituelle et que le cliché circule sur les réseaux sociaux et dans son école. Si les élèves, leurs parents et les professeurs sont matures et intelligents, tolérants envers les différences. Pas de problème. Mais si ce n’est pas le cas, cela peut se transformer en sujet de moqueries, de rejet et au pire de harcèlement.

Je pense qu’il est plus sage de les laissez grandir et d’attendre qu’ils soient capables de faire leurs propres choix et de les assumer. Je ne suis pas pour les engager dans quelque chose parce que j’y suis moi-même. En tant que parents, à mon sens notre job est de les aider à penser par eux-même, faire leurs propres choix et les assumer. En ce sens, nous pouvons leur montrer ce que sont nos traditions spirituelles, mais sans les y engager. Nos enfants ne nous appartiennent pas. Nous sommes là pour les aider à grandir et devenir des citoyens éclairés pas des clones de ce que nous sommes. C’est mon point de vue. Je conçois que d’autres ne le partage pas.


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