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Paganisme éclectique francophone

Le paganisme* éclectique francophone, qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas une expression nouvelle. Je l’ai déjà entendu au début des années 2000 avec l’émergence du mouvement païen sur le web francophone. Ce concept était parfois dans les débats des premiers forums et sites de l’époque. Il a fallu attendre ces dernières années, pour que j’arrive progressivement à reconnaître suivre une voie éclectique. Une voie qui d’ailleurs pourrait être qualifiée de non-voie, car elle n’est pas une tradition ou une religion particulière, à proprement parlé. C’est plutôt un cheminement individuel. C’est suite à des dialogues et des lectures sur le sujet, j’ai constaté que je n’étais pas la seule dans ce cas en France et dans le monde. Cette attitude n’est pas isolée. Cette non-voie pourrait donc être qualifiée à mon sens, de mouvance. Elle serait caractérisée par des croyances, des comportements ou des valeurs communes aux individus, qui la composent, sans pour autant former une tradition ou une voie particulière.

* Paganisme : terme générique employé depuis le VI siècle par des chrétiens pour désigner la religion de ceux qui ne sont ni chrétiens ni juifs.

Wikipédia

Qu’est-ce que le paganisme éclectique ?

Paganisme éclectique. Je n’ai pas inventé le mot. Il existe déjà depuis un moment et d’autres personnes ont déjà essayé de le définir. Pourquoi éclectique ? Et bien parce que cela signifie : qui emprunte des éléments à plusieurs systèmes. Hors un païen éclectique, de ce que j’ai pu expérimenté et voir, nourrit sa pratique en puisant dans plusieurs traditions, religions ou philosophie. Ce qui ne signifie pas créer sa propre religion, ni forcément engendrer quelque chose d’incohérent ou de chaotique. Pas de jugement hâtif. C’est du cas par cas. Ce n’est pas non plus de la Wicca éclectique. Car dans cette expression, il y a le mot Wicca, qui est une tradition particulière. Même si cette voie semble bigarrée, car elle a emprunté de ces éléments à plusieurs sources. C’est une voie particulière. Elle a ses fondateurs et ses écoles. Hors le paganisme éclectique se définit comme universaliste, non-confessionnel et ne suivant aucune tradition particulière. Un païen éclectique n’est donc pas un wiccan éclectique. Il serait tentant de faire l’amalgame. Les frontières ne sont pas toujours bien étanches entre les deux.

paganisme éclectique francophone

Les caractéristiques d’une spiritualité païenne éclectique

Si je peux définir le paganisme éclectique et m’y sentir liée, c’est parce que cet art de vivre spirituel est partagé par d’autres en France et en dehors. Il n’existe pas de chef de file, ni de leader, ni de textes de références précis, ni de règles dans la pratique, de hiérarchies ou de cheminement précis à suivre. Pourtant, malgré cette absence de cadre, un ensemble d’individus partage une approche commune concernant la spiritualité. Parce qu’il ne possède pas de dirigeant(e) ou de fondateur(trice), ce mouvement est dit informel. Il est aussi qualifié d’individuel, car ce qui compte est le rapport ou l’expérience directe de l’individu avec le spirituel. Ci-dessous, j’ai listé des points ou des caractéristiques communes concernant le paganisme éclectique, que j’ai pu observer :

  • universaliste ou non-confessionnel,
  • informel et individuel,
  • ne suit aucune tradition particulière
  • respect pour les anciens dieux,
  • participation à une vision du monde magique,
  • respect et/ou vénération de la nature, proche d’une forme de religion de la terre.

Les valeurs du paganisme éclectique

Les valeurs citées ci-dessous sont les valeurs communes. Après la liste peut être étendue selon les individus et cet inventaire est non-exhaustif. Il a été établi d’après mon observation. C’est ce qu’il me semble, qu’on retrouve le plus souvent d’une personne à l’autre. Ce que nous avons de communs. Pragmatisme, tolérance, connaissance et respect.

Pragmatisme

Il n’est adopté comme croyance ou comme pratique, que ce qui fonctionne réellement pour l’individu et qui est cohérent avec son expérience quotidienne. Ceci implique des débats contradictoires avec d’autres individus, quand les avis divergent. Il ne s’agit pas d’adopter des idées parce qu’elles semblent belles, héritées des anciens, séduisantes ou populaires, mais de réellement agir et se confronter au réel ou au concret avant de faire sienne une croyance ou une pratique

La tolérance

Chaque individu a le droit de suivre son propre chemin. Il n’est pas du devoir d’un païen éclectique d’instruire ou de corriger les croyances des autres. Le paganisme éclectique n’est pas prosélyte, ni missionnaire. Ceci n’interdit pas de partager son expérience sous forme de conseils, de témoignages ou d’enseignement, si cela est demandé et tant que la liberté de conscience est respectée. Il existe un nombre infini de chemins vers le divin et que chaque chemin individuel est le leur, seul, à parcourir.

La connaissance

Chaque individu a la responsabilité de s’instruire aussi complètement que possible sur les traditions, qu’il utilise comme sources. Ceci peut signifier de suivre des cours, questionner d’autres pratiquants, vérifier ses sources ou les faits. Il est de la responsabilité de chacun de savoir en quoi ses croyances et ses pratiques individuelles peuvent différer des croyances et pratiques anciennes ou étrangères, d’autres cultures, dont il s’inspire. Il est aussi important d’être conscient de ne pas tomber dans le travers de l’appropriation culturelle.

Le respect

Cette notion va de pair avec la tolérance et la connaissance. S’instruire sur une tradition et ses sources se fait par respect et tolérance pour ceux qui l’ont pratiqué par le passé ou la pratique encore. Il n’y a rien de mal à adapter les pratiques d’une autre foi à son contexte. Mais il est irrespectueux et malhonnête d’essayer ensuite d’enseigner que ses propres méthodes et concepts adaptés à son usage sont les mêmes que ceux enseignés par les traditions, qui leur ont servis de sources.

Le danger de l’appropriation culturelle

Avoir mis en mot ce que représente le paganisme éclectique me permet aujourd’hui de dire que j’en suis. Et pour une fois, cette étiquette certes large, fourre-tout et imparfaite, me convient très bien. Elle a des qualités et des défauts. L’une de ses principales faiblesses ou je dirais écueil, est l’appropriation culturelle. Cette expression, à l’origine, désigne l’utilisation d’éléments d’une culture par les membres d’une culture jugée « dominante ». Il peut s’agir de l’appropriation d’éléments matériels et immatériels telles que des symboles, des objets, des idées, ou dans le cas qui nous concerne des divinités, des pratiques religieuses, chamaniques ou magiques, etc. Ce terme a une connotation péjorative. Elle est ainsi perçue comme une forme d’oppression et de spoliation par la culture « minoritaire ». Elle peut avoir une connotation raciste et participer à la perte d’identité des membres de la communauté spoliée. Cependant, il ne faut pas oublier qu’historiquement l’appropriation culturelle est aussi une étape à part entière de l’évolution et du contact entre les différentes cultures. A bien y réfléchir, on constate très vite au regard de l’histoire de l’humanité que ce concept, dans sa vision péjorative, entre en conflit avec la tendance des cultures à se nourrir les unes des autres. Dans sa version extrême, elle peut conduire à une certaine forme de conservatisme, dont l’objectif serait de s’opposer à toute forme d’interaction, d’échange et de partage avec d’autres communautés. Sa conséquence serait d’aboutir à une sorte de fermeture aux autres, voire de rejet et d’intolérance. Il est donc important pour les païens éclectiques d’être conscients de ce problème et d’être prudents, honnêtes et respectueux envers les autres traditions, qui nourrissent leur cheminement spirituel.


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