Le mystère des Vénus à gaine de l’Ouest de la France

Retour à : Blog spirituel, Recherches, études


Il y a quelques semaines, voire quelques mois, j’ai commencé à m’intéresser aux Vénus à gaine de l’époque gallo-romaine. Cet intérêt est survenu dans le prolongement de celui pour la spiritualité de ma terre natale et mes recherches sur les deités pré-chrétiennes de ma région. J’avais vu dans un musée de ma région une vénus à gaine. J’avais été séduite par la finesse de ses traits et les décorations de part et d’autre de sa représentation (rouelles, cercles..).

Les figurines de terre blanche gallo-romaines

Aux Ier et IIe siècle de notre ère, des potiers installés entre Loire et Allier, mais aussi quelques uns en Armorique, ont réalisé des milliers de figurines en terre blanche. La majorité représente des femmes, auxquelles les archéologues du 19e siècle ont donné entre autre le nom de divinités.  Certaines furent appelées Vénus, parce qu’elles représentent une divinité féminine dénudée proche des représentations de Vénus romaine de l’époque. Cependant, la vénus à gaine que j’ai vu en vitrine, a un type beaucoup moins romain, que ces productions. Elle a un style plus « local » et sa production est typique de l’Ouest de la France (Bretagne, Pays de la Loire), même si sa diffusion a pu dépasser cette zone (ex: une rextugenos retrouvée à Evreux).

venus10

Les vénus à gaine de Rextugenos : un type particulier

Elle appartient à une série de statuettes produites en masse par un atelier tenu par un certain Rextugenos, dont la signature figure fréquement sur ces réalisations. On trouve aussi parfois la signature de Pestika, dont les réalisations possèdent parfois les mêmes caractéristiques. Ces moulages se distinguent des vénus anadyomènes de la même époque réalisées elles aussi en terre blanche, moulées et distribuées en masse à travers une partie de la Gaule. Les vénus anadyomènes sont représentées dénudées, cheveux détachées, la main droite tenant une mèche de cheveux au-dessus de l’épaule et la main gauche tenant un pan de tissu le long de la cuisse gauche. Tandis que les vénus à gaine de Rextugenos et Pestika sont aussi dénudées pour la pluspart, il y a une série cependant de déesses protectrices habillées d’une tunique plissée. On y voit la déesse se détachant en bas-relief à l’avers accompagnée de motifs géométriques et le plus souvent au revers de la plaque rectangulaire (ou gaine), on retrouve ces motifs géométriques (roues, rouelles, cercles concentriques, carrés concentriques, étoiles … ). Sa main droite tient une espèce de cylindre sur la poitrine, elle porte un torque ou un collier de perle, et son bras gauche est le long du corps (ou les deux bras le long du corps), la main ouverte à hauteur de la cuisse avec en dessous souvent des motifs geometriques (cercles concentriques, étoiles, carrés concentriques, rouelles, motif du damier ou du filet…). Hors ce sont justement ces différences, qui m’ont interpellées. Symboles de maternité et de force créatrice, les statuettes de ces déesses-mères étaient placées dans les laraires, dans les sanctuaires de sources, avec des ex-voto représentant les parties du corps malades, ou dans les sépultures.

Quelques symboles

Tout d’abord, le port du torque est signe de souveraineté typiquement celtique. C’est un signe de noblesse et d’un statut social élevé quand il est porté par les êtres humains et un attribut des divinités. Ensuite, ce sont les motifs geométriques, qui m’ont interpellés comme par exemple la rouelle. Cette dernière est aussi présente dans la symbolique celtique, comme attribut de Taranis. Enfin, les cercles concentriques et les carrés concentriques rappellent les motifs gravés sur certains monuments du néolithique (pierre à cupules, mégalithes). Les cercles concentriques sont proches du motif de la spirale ou du labyrinthe. Tandis que les carrés concentriques au nombre de 3 évoquent quant à eux la triple enceinte druidique (cf.René Guenon à ce sujet). Elles ont égélament des motifs étoilés, et là je pense à Sirona ou Stirona (étoile). Bref, ces petites déesses produitent en masse et bon marché à l’époque gallo-romaine, me semblent encore porteuses de symboles très intéressants concernant la survivance et l’expression du culte de la déesse des populations de l’époque. Ceux-ci semblent venir en premier lieu de la tradition celtique voire peut-être même pour certains élements du néolithique.

Un motif particulier au dos de certaines d’entre elles

Celle, qui m’a le plus interpellée dernièrement, est une vénus à gaine conservée au musée départemental Dobrée, à Nantes. La déesse est symbolisée de façon hiératique dans une gaine. Elle tient ses bras le long du corps et est vêtue d’une longue tunique plissée rehaussée d’une cape au col roulé. Ses mains tiennent une guirlande de trois fleurs symbolisées dans des cercles. Ses pieds sont petits et reposent sur le socle de la gaine décorée de cercles concentriques. Le visage est maladroitement représenté, les yeux sont trop grands par rapport au nez et à la bouche.
Un collier de perles est figuré pour séparer le visage de la coiffure qui est bouclée et ornée d’étoiles à l’arrière. Le dos de la statuette est remarquable, car il présente :
– une espèce d’étoile ou de cercle avec des rayons à 12 branches (étoile, soleil ou oeil divin ?);
– sous ce premier motif, un ensemble comprenant deux pairs de cercles autour d’un point central;
– enfin au bas du dos, un motif à damier ou une sorte de filet de 10 colonnes sur 6 lignes.
Nota Bene : ce n’est pas le seul modèle de ce type.

venus-musee-dobree-nantes

Cherchant à quoi pouvait bien corespondre le motif central composé de 4 cercles organisés autour d’un point central, j’eu une surprise en lui superposant le motif d’une croix celtique. L’organisation de ce motif est semblable à cette dernière… coincidence ou lien réel entre les deux figures ? Que représente aussi le motif au-dessus très solaire ? Et la grille en-dessous ? Je ne pense pas, que ce soit seulement des motifs décoratifs.

 A lire au même sujet :
– http://www.figurinesgalloromaines03.fr/ 
–  Les figurines en terre cuite gallo-romaines, de Colette Bémont, Micheline Jeanlin, Christian Lahanier, édition Maison des Sciences de l’Homme ISBN-13 978-2-7351-0496-3

Un commentaire pour “Le mystère des Vénus à gaine de l’Ouest de la France”

  1. Bonjour,
    Je viens de lire avec intérêt votre présentation des Vénus à gaines. Une production en effet pleine de symboles, pleine de mystères pour nous.
    Les potiers qui ont modelé le premier exemplaire qui va ensuite servir à réaliser les deux valves des moules sont forts habiles, les détails du dos le prouvent si on en doute.
    Aussi je ne pense pas qu’on puisse affirmer que « le visage est maladroitement représenté » . Oui les proportions ne sont pas exactes. Oui les yeux sont plus grands que nature. Mais ne serait-ce pas également là un symbole que les contemporains étaient à même de « lire », de comprendre immédiatement ?
    Des yeux pour conduire le défunt dans l’au-delà ? Des yeux pour prédire l’avenir ? Des yeux pour percer les secrets de l’âme humaine ? Simples hypothèses bien sûr. Pas question en ce domaine d’affirmer quoi que ce soit. Ces mystères ne font que renforcer l’attrait pour ces Vénus à gaines, pour les figurines gallo-romaines en terre blanche de l’Allier.

    Michel Pellaton

    PS merci à vous de citer notre site.

Vos commentaires

Vous pouvez poster ci-dessous vos remarques, vos questions ou votre témoignage concernant ce sujet.