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Mes ancêtres, les européens… un peu de généalogie et de génétique

Cela fait une dizaine d’années maintenant, que j’ai commencé mon arbre généalogique. Actuellement le fichier GEDCOM de mon arbre comprend autour de 4000 individus. Certes, il y en a peut-être que 2500 qui sont mes ascendants. En effet, il y a aussi dedans les ascendants de mon mari et de la branche paternel de mes nièces. Mais cela vous donne un ordre d’idée de l’avancement de mes recherches. J’arrive à un stade ou les archives manquent. Il est difficile de remonter au-delà du 14ème siècle. Pour certaines branches, je ne peux pas aller plus loin.

La génétique pour compléter la généalogie papier

Je me suis donc tournée par curiosité vers le test adn à finalité généalogique. Celui-ci m’a permis de retrouver un ancêtre parti au Québec vers 1720 avec son fils, laissant le reste de sa famille en France. Il y a fondé l’une, voire la première tannerie de la ville de Québec. Il y avait rejoint la famille fondée par son frère défunt (protestant de l’Ouest de la France fuyant la répression religieuse). En effet, suite au décès de son frères, il était devenu le tuteur de ses neveux et nièces. L’analyse de l’ADN a aussi mis en relief nos liens avec les flamands, bien que notre famille n’ai jamais eu connaissance ni par transmission orale, ni dans les archives, d’ancêtre venus de cette partie de l’Europe. En gros à cette étape de notre recherche, nous avons découverts, que nous sommes pour moitié proche d’une population dite ibérique et pour l’autre moitié de population du Nord-Ouest de l’Europe, puis dans une plus faible part des populations d’Italie, des Balkans et de Scandinavie. Ma sœur et moi, nous avons les mêmes résultats, mais avec des pourcentages de répartition différents. Ce qui est normal. Nous héritons de nos deux parents, de chacun environ 50 %,, mais la répartition n’est pas la même entre frère et sœur. C’est pourquoi faire des analyses sur plusieurs membres de votre famille proche est intéressant. Par contre, nos informations sont plus susceptibles de concerner le lignage maternelle, car aucun membre masculin de notre famille proche n’a voulu faire le test. Nous n’avons donc pas d’informations complètes, concernant le chromosome Y paternel et donc l’halogroupe Y. Dans un premier temps, mes analyses ADN et celles de ma sœur ont surtout été comparées avec des panels de populations actuelles. Ceci a un inconvénient. Les populations actuelles sont le fruit de migrations antérieures et ne rendent pas correctement compte d’origines plus anciennes.

ADN ancestrale : comparaison avec des populations anciennes

Je me suis donc tournée vers des sites proposant des comparaisons avec de l’ADN de populations anciennes (mytrueancestry, genomlink), relevées sur des sites archéologiques. Et là ça devient plus intéressant. Les résultats ne contredisent pas forcément les précédentes analyses, mais ils les complètent. Ils permettent de voir comment l’histoire des migrations de population d’Europe s’inscrit aussi dans l’histoire de notre famille. Je vous donne un exemple. J’ai des correspondances ADN avec des personnes retrouvées au Nord de l’Espagne, au début du Moyen-Age. On pourrait penser, que ce sont des ibériques. Sauf que l’adn de ces personnes montrent qu’ils sont majoritairement d’ascendance visigoth et un peu ibérique. En effet sur mytrueancestry, selon votre niveau d’adhésion vous pouvez voir des informations plus détaillées sur la personne issue d’une population ancienne, avec qui vous partagez de l’adn commun. Cela s’explique par le fait que l’Espagne a fait partie de l’empire visigoths. Je peux donc certes avoir des points communs génétiques avec des populations actuelles ibériques, mais ceux-ci peuvent venir d’anciennes ascendance goths communes, pas forcément ibériques. Comme ma sœur a fait aussi une analyse et qu’elle a pris plus de gènes ibérique que moi de nos parents, nous avons pu voir aussi que nous descendons de vascons. Car elle a des correspondances avec des vascons. La comparaison d’adn avec des populations anciennes permet de pondérer les résultats obtenus lors d’une comparaison avec les profils génétiques de populations actuelles.

Voici en gros les résultats obtenus pour moi et ma sœur, comparés avec l’ADN de populations anciennes*. Nous sommes proches d’individus (dans l’ordre du plus proche/fréquent au plus éloigné ou rare) :

  • germains (Nord-Ouest- Europe) et en particulier des francs et des belgae,
  • goths et plus particulièrement visigoths (partie de Scandinavie et issus de vagues de migration goth en Europe),
  • dalmatiens de l’Illyrie (pays des balkans sur la cote adriatique proche de l’Italie),
  • vikings scandinaves du Danemark et de la Suède,
  • vascons d’Espagne et d’Aquitani en France,
  • gallo-romains et celtes.
  • étrusques et ligures en Italie.

*les dénominations de mytrueancestry se réfèrent autant à des peuples qu’à des cultures à une époque donnée. Par exemple, une personne trouvée en zone géographique et époque gallo-romaine, qualifiée de gallo-romaine, peut être d’ascendance celte par exemple.

Pour résumer
En gros ce qui ressort le plus pour ma sœur et moi, ce sont des correspondances avec les germains, les (germains) scandinaves, les celtes, les vascons et les illyriens. Ce sont vraiment ces 5 là qui ressortent le plus souvent avec les meilleures correspondances.

La mode « viking »

Les viking étant à la mode (profusion de série TV sur le sujet) sur genomelink il y a une analyse, qui permet de savoir si vous pourriez avoir des ascendants vikings. Et si oui, le site précise de quel groupe, soit viking scandinaves, viking anglais, viking slaves ou vikings finnois, vous êtes le plus proche. Pour ma part, cette analyse m’a surtout servi à confirmer les données de mytrueancestry qui m’indiquait des correspondances génétiques avec des scandinaves, dont d’une part des vikings d’origine danoise trouvés en Angleterre (victimes du massacre de la St Brice à Oxford) en 1002, et d’autres part des individus retrouvés au Danemark et en Suède, notamment ile de Oland et Gotland, ayant vécus vers 850~950 ap. JC. Je rappelle que le terme viking ne désigne pas à proprement parlé un peuple à la base (même si souvent utilisé dans ce sens), mais plutôt un « métier » ou une « fonction ». Ce sont des guerriers explorateurs et marchands, voire pirates. Et ils ne sont pas tous d’origine scandinaves comme le rapporte une étude récente à ce sujet, voir l’article : La génétique montre que les Vikings n’étaient pas tous des grands blonds aux yeux bleus.

Qu’est-ce que cela m’a apporté ?

Les deux surprises de ces analyses ont été de nous découvrir des ancêtres scandinaves et illyriens. Les celtes, les germains, les ibériques, les gallo-romains, nous nous y attendions un peu. Cela semblait géographiquement et historiquement logique par rapport à ce que nous savons de notre famille et de l’histoire de notre région, les Pays de la Loire. La Scandinavie par contre, cela faisait partie des résultats possibles, mais qui nous semblait vraiment peu probable. Nous pensions que physiquement (oui, je sais, c’est cliché…), d’une part nous n’avions pas vraiment le profil et que d’autre part notre région est plutôt géographiquement et culturellement éloignée.

Ensuite, Les dalmatiens de l’Illyrie, là c’est encore une autre surprise. D’abord parce que L’Illyrie dans mes cours d’histoire antique, j’en ai quasiment jamais entendu parlé. En gros pour moi, les balkans, c’est cette zone là-bas où il y a eu beaucoup de guerres au XX ème siècle, mais qui est finalement assez inconnue. Je suis donc partie à la découverte de l’histoire de cette région d’Europe. La génétique m’a conduite à découvrir l’histoire de régions d’Europe, que je connaissais moins. Ce fut aussi l’occasion de revisiter l’histoire locale. Nous savons que des gascons ont vécu dans notre région, car ils ont laissé leur trace dans la toponymie. Il y avait aussi une colonie d’anciens soldats de l’armée romaine issus de la tribu des Taïfales (peuple germains ou sarmates ?!), qui ont donné leur nom à la ville de Tiffauges (voir le site de l’association TAIFALI). Il y a eu aussi des raids vikings (Ile de Bouin, Monastère de Noirmoutier, prise de Nantes, destruction du monastère de Luçon, raid sur Poitiers, établissement sur l’Ile de Ré..etc), ainsi que des échanges commerciaux avec l’Espagne et les régions flamandes.

Dalmatie à l’époque romaine vers 120 (source Wikipedia)

J’ai toujours eu du mal à vraiment adopter une tradition spirituelle de mon continent en particulier, même si toutes me parlent un peu. J’ai presque envie de dire que maintenant j’ai un argument « rationnel » ou scientifique pour le justifier. Mes origines sont européennes et multiples (en termes de zones, d’époques, de cultures différentes). Je suis issue de l’histoire de tous ces gens, qui se sont affrontés ou se sont rencontrés au fil du temps. Ils ont concourus à mon existence. J’oserai dire finalement, je suis indo-européenne ? Peut-être le terme qui permet de concilier l’ensemble ?


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