Autonomie, créativité, authenticité et libre expression dans le domaine spirituel

Les discours moralisateurs déguisés néo-païens

La morale est une notion autant glorifiée que décriée. Et dans la sphère néo-païenne, il est difficile d’échapper à la critique de celle des religions du livre. Ce qui se conçoit assez aisément (passé houleux, condamnations, etc). Je suis pas fan non plus. Mais, là où ça devient comique, c’est quand les allergiques à la morale judéo-chrétienne s’expriment eux-même, avec des discours moralisateurs. On ne s’en rend pas forcément compte. Je l’ai fait aussi à mes débuts. Une erreur de débutant donc. Ou de non-initié ? De candides ? Choisissez le terme qui vous convient. Personnellement aujourd’hui, je ris de mes anciens éditos ou des échanges tenus sur d’anciens projets. Ceci, il y a plus de 10 ans. Je ris et je me trouve ridicule, quand je les relis. Et tant mieux. Avec le recul, je comprend pourquoi il m’a fallu passer par cette phase pour évoluer. Alors, aujourd’hui on va parler de ce petit défaut ou de cet écueil sans tabou. C’est à dire critiquer les moralisateurs en ayant soi-même un discours moralisateur.

La projection de notre propre aspect moralisateur

Je vous propose de commencer par un retour sur la définition de moralisateur.

Moralisateur : qui a une intention édifiante, qui vise à donner des leçons ou qui défend un certain point de vue sur les mœurs, les principes et la conduite à tenir. Relatif à la distinction entre ce qui est bien et mal.

Le milieu néo-païen est assez allergique à la morale dite judéo-chrétienne. Ce qui peut se comprendre au vu des conflits passés et présents. De plus, les spiritualités, qui ne relève pas des religions du livre, sont globalement condamnées par les institutions de celles-ci. Cela ne permet pas un dialogue serein. Pourtant, il existe aussi des principes moraux païens, selon les traditions. Donc la notion de morale n’est pas absente non plus de la culture néo-païenne héritière des anciennes traditions. Je vous renvoie aux ouvrages sur la morale dans l’antiquité grecque, romaine et l’Europe en général. Je ferai pas une dissertation ou un essai là-dessus.

Le pote Christ, film Dogma

Mais là où ça devient comique, c’est quand nous (ndlr : moi et d’autres païens j’entends) formulons des conseils ou des « vous devriez faire», « vous devriez essayer » « Cherchez-vous » et autres formules à l’impératif présent à l’encontre d’autres païens. Le fond de ces discours peut-être aussi moralisateurs, que celui des monothéistes. On en revient au problème soulevé dans l’article précédent,  Être bien avec sa spiritualité… et foutre la paix aux autres. C’est à dire que : « C’est pas parce que tu es heureux et épanoui sur ta voie, que celle-ci est la plus vrai ou la plus authentique, et que par conséquent tout le monde devrait la suivre. » Souvent, la critique adressée sur un comportement de l’autre (ici l’aspect moralisateur judéo-chrétien) est le reflet d’une attitude en nous, que nous ne supportons pas ou ne voulons pas voir (notre propre côté moralisateur). En psychologie, c’est ce qu’on appelle l’ombre. Il s’agit de la la projection de nos défauts sur les autres. Je vous renvoie à cet article si vous ne savez pas ce que c’est : l’archétype de l’ombre. L’archétype de l’ombre est d’ailleurs présent dans les mythes et les processus initiatiques anciens, sous d’autres noms, évidement.

« De deux choses l’une, nous connaissons notre ombre ou ne la connaissons pas ; dans ce dernier cas, il arrive souvent que nous ayons un ennemi personnel sur lequel nous projetons notre Ombre dont nous le chargeons gratuitement, et qui à nos yeux, la porte comme si elle était sienne, et auquel en incombe l’entière responsabilité ; c’est notre bête noire, que nous vilipendons et à laquelle nous reprochons tous les défauts, toutes les noirceurs et tous les vices qui nous appartiennent en propre ! Nous devrions endosser une bonne part des reproches dont nous accablons autrui ! Au lieu de cela, nous agissons comme s’il nous était possible, ainsi, de nous libérer de notre Ombre ; c’est l’éternelle histoire de la paille et de la poutre. »

C.G.Jung — L’homme à la découverte de son âme, Éd. Mont-Blanc, 4e éd., p. 380.

Je suis plus dans le vrai que toi… ou pas !

Nous en revenons aussi au bon vieux conflit des détenteurs de vérité. C’est à dire, se croire plus dans le vrai que l’autre, aussi plus légitime. Et par conséquent, se sentir en devoir de chercher à lui faire adopter notre point de vue ou de lui enseigner ce qu’il y a de mieux, pour son bien. Parce qu’en général on tient ce type de discours en toute bonne foi et en croyant « bien » faire. Moi la première, je pensais être sur la bonne voie. Maintenant, je ris de mes conneries. A cela s’ajoute la fait de vouloir avoir raison ou le dernier mot… ça flatte l’égo, ça permet d’asseoir son autorité vis à vis des autres de se positionner en dispensateur de la « bonne parole » ou en « sage ». Ah le fantasme du sage ! On pourrait écrire un article à ce sujet, d’autres l’appellent aussi « l’égo spirituel ».

Extrait de la série TV Lucifer

L’initiation, c’est occupe-toi de ton cul avant celui des autres !

Certes mon titre est vulgaire ! Et je l’assume. Parce parfois un bon électrochoc est nécessaire pour frapper les esprits. Si tu as lu la devise ou les valeurs de ce blog, tu auras vu qu’il y l’autonomie et la liberté d’expression. Deux choses pas faciles à pratiquer dans sa vie quotidienne et à défendre dans le domaine de la spiritualité et/ou de la religion. Pourquoi ? Sûrement parce que longtemps religion et pouvoir ont été associés (et le sont encore). Avoir la main mise sur la spiritualité, le dire « quoi faire » ou « ne pas faire » est une façon de les influencer et un moyen d’avoir de l’emprise sur lui. Ne croyez pas que les gens désintéressés, qui ne vendent pas leurs enseignements, sont immunisés contre ce genre de dérive. Et a contrario, tous ceux qui ont un business dans le domaine spirituel, ne sont pas forcément des manipulateurs. Ce serait trop simple et caricaturale d’avoir deux catégories, qu’on distinguerait juste sur le critère de le fait d’avoir un commerce. D’ailleurs, je ne suis pas certaine, que dans les civlisations antiques commerce (argent) et religion n’aient pas été mêlées (sujet à creuser plus tard…).

Être initié, c’est pas se donner le droit de juger les autres

Pour moi, sincèrement, choisir une voie spirituelle, c’est surtout l’aspect initiatique, se transformer soi-même et évoluer qui compte. Alors il m’a fallut au fil du temps prendre conscience que chercher à changer les autres, leur dire quoi faire au vu de ma propre expérience, ce n’était pas la chose à faire. Cela ne servait à rien. Je devais d’abord me changer moi-même et leur foutre la paix ! Car je ne suis pas responsable de leurs vies. Ensuite, on ne peut pas aider quelqu’un contre sa volonté. Conseiller ou donner son opinion, c’est pas interdit, si l’autre en fait la demande. Il ne s’agit pas de se censurer. Mais, c’est la manière d’exprimer son opinion et de se positionner vis à vis de l’autre, qui peut poser problème. Il est facile bardé de bonnes intentions de déraper d’une volonté de conseil à de la moralisation.

Le fléau de l’uniformisation

L’écueil dans lequel il est difficile de ne pas tomber, c’est aussi d’uniformiser nos façons de penser sous prétexte de vouloir se rassembler. La diversité est quelque chose de précieux dans nos spiritualités. C’est difficile à gérer de devoir composer avec des individus aux opinions opposés ou aux choix, qui me semblent critiquables. Pourtant, c’est ainsi que je peux concrétiser le fait de défendre la liberté de conscience, l’autonomie spirituelle et la liberté d’expression. Pratiquer ces principes n’a rien de confortable. Cela demande de se remettre soi-même en cause, plutôt que de redresser les tords des autres.

En guise de conclusion

Je ne peux m’empêcher de reprendre ici une citation. Cette dernière, un jour, m’a donné la claque qu’il me fallait pour ouvrir les yeux. Je sais que c’est à la mode sur les médias sociaux de balancer son panneau de « bonne morale » ou de « sagesse » sur son mur. Et je commence à en user avec plus de prudence, voire à m’en méfier. Parce c’est de la pensée en boîte ou du « prêt-à-penser ». Mais bon… c’est un truc qui me tient sincèrement à cœur. Et si tu l’aimes pas, c’est pas grave. Je vis très bien le fait de proposer des articles, qui ne plaisent pas à tout le monde.

« Du moment que certaines paroles nous plaisent, nous les reprenons à notre compte comme si nous en avions l’expérience et notre pensée réelle, vivante, spontanée, est remplacée par la pensée de nos parents, la pensée de nos maîtres, la pensée de ceux que nous avons admirés dans notre adolescence, la pensée de ceux dont les livres nous ont influencés. »

Extrait de « Bienvenue sur la voie » – Arnaud Desjardins

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