Autonomie, créativité, authenticité et libre expression dans le domaine spirituel

Les dieux anciens illyriens

C’est au cours de mes recherches généalogiques, que j’ai découvert un lien ancestral entre ma famille et les illyriens. Ce fut une surprise, car aucun de nous ne soupçonnait, que certains de nos ancêtres aient pu venir des balkans. Je m’imaginais certes que mes lointains ancêtres avaient pu participer aux grandes migrations de populations européennes, comme tout le monde. Mais, je ne m’étais pas projeter en particulier sur cette partie de l’Europe. C’est une région qui me semble lointaine et peu familière. J’en ai surtout entendu parlé au travers des actualités ou des cours d’histoire, quand cette zone fut le théâtre d’affrontements sanglants. Je ne me rappelle pas dans mes cours sur l’antiquité, que mes professeurs aient parlé de l’Illyrie. Nos cours étaient plutôt centrés sur « nos ancêtres les gaulois », l’empire romain et les francs. Hors même si je vis à l’Ouest de la France aujourd’hui, comme mes ancêtres récents. Cela ne signifie pas que mes ascendants anciens étaient tous originaires de cette région pour autant. Et c’est ce que j’ai découvert via les analyses génétiques. Une part d’entre eux vient des Balkans et en particulier de la Dalmatie, en Illyrie. C’est pourquoi, j’ai commencé à explorer leur culture et leur spiritualité. Je rappelle à mes lectrices et lecteurs, que cet article est une recherche personnelle, pas une thèse d’histoire. J’essaie au mieux de baser mes recherches sur des articles et des ouvrages d’historiens à ma portée. Cependant, mon travail ne peut être totalement exempt d’erreurs et d’approximations, de ce fait. Malheureusement, je n’ai pas les moyens d’un chercheur universitaire en terme d’accès aux ouvrages, de formation et de temps à y consacrer. Merci de le prendre en compte. Ceci étant dit, partons ensemble découvrir les divinités illyriennes…

Bref présentation de l’Illyrie

Située sur les côtes de la rive orientale de l’Adriatique face à l’Italie, l’Illyrie correspond en gros aujourd’hui, à ce qui est actuellement la Slovénie, le sud de la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, l’Albanie et le Kosovo. D’après l’article de l’archéologue Muzafer Korkuti (voir biblio en fin d’article), le peuple illyrien aurait commencé à se former et se distinguer comme une ethnie à part entière, au cours de l’age du bronze moyen et du bronze récent. Les illyriens étaient divisés en plusieurs tribus, dotées d’un roi. A une certaine période les Illyriens se sont unis autour d’un chef, mais sans grande continuité dynastique. Les romains ont commencé à s’aventurer dans la région en -229 avt JC suite à un incident avec la reine illyrienne Teuta, souveraine de la tribu des Ardiaei. Rome l’accusait d’abriter contre tribut les pirates de Dalmatie, qui pillaient les marchands romains. C’est ainsi que débuta la première guerre romaine d’Illyrie. Mais ce n’est que en 9 avt. JC, que la province romaine d’Illyrie est crée. En 10, elle fut divisée entre la Pannonie et la Dalmatie.

Les divinités illyriennes

Un culte solaire

Dès l’époque préhistorique, les illyriens semblent avoir rendu un culte au soleil. Il était représenté à l’aide de figures géométriques telle que la spirale, le cercle concentrique et la croix gammée, ou une figure animale comme les oiseaux, les serpents et les chevaux.

Symboles du culte solaire illyrien

«Les données recueillies par nos expéditions, les matériaux des archives d’ethnographie et du folklore publiés, nous révèlent que partout dans les régions montagneuses albanaises le soleil a été jadis pour tous un objet de vénération; on priait le matin à son lever, dans certains cas même à son coucher. Le soleil était adoré comme une source de vie, comme une source de santé, comme une source de fécondité et d’hérédité et comme une force protectrice et bénéfique. »

Extrait de Éléments des cultes illyriens chez les Albanais (Le culte du Soleil), article de Mark Tirtja

Le rhéteur et philosophe grec, Maximus de Tyr a rapporté que les Paeonians rendaient un culte au soleil sous la forme d’un petit disque rond fixé au sommet d’un poteau. Le disque fixé à un poteau est également représenté dans les pièces de monnaie de la ville illyrienne de Damastion. Les oiseaux aquatiques étaient aussi utilisés comme représentation du soleil, en particulier au Nord de l’Illyrie. Les archéologue ont retrouvés un grand nombre de pendentifs aux formes d’oiseaux aquatiques, ainsi que deux temples illyriens à Noricum. Ceux-ci étaient pourvu d’autels sacrificiels associés au culte du soleil et érigés sur le sommet des montagnes.

« Jusque dans un passé récent, on pratiquait encore dans les régions montagneuses du Sud et du Nord (de l’Albanie), le culte de certains lieux élevés et des sommets de montagnes vénérés comme «des sommets du soleil» que l’on honorait le matin au soleil levant. Dans bien des cas c’étaient des lieux où, à des dates fixes de l’année, se déroulaient des cérémonies qui se rattachaient au culte du soleil. »

Extrait de Éléments des cultes illyriens chez les Albanais (Le culte du Soleil), article de Mark Tirtja

Le serpent, protecteur du foyer domestique

Dans la religion illyrienne, le serpent est associé à la puissante, la fertilité de la terre et féminine, la protection du foyer et le culte des ancêtres, dont les ancêtres fondateurs de l’Illyrie : Cadmus et de son épouse Harmonia. Encore aujourd’hui en Bosnie, on croit que le serpent est le protecteur de la maison et de la famille, contre le mal et de la malchance. Ce reptile a été retrouvé comme élément décoratif de nombreux objets (boucle de ceinture, figure de proue, statue de déesse, monnaies gréco-illyriennes …), lors des fouilles archéologiques en Bosnie-Herzégovine, en Albanie, en Macédoine du Nord et en Serbie. En Dardanie et en Dalmatie, il y avait des autels dédiés au couple serpentin Dracon et Dracaena. Ce couple divin représentent les fondateurs de l’Illyrie Cadmus et Harmonia, qui avaient été changés en serpent. On retrouve des traces du culte du serpent en Albanie jusqu’à la fin du XXème siècle et dans le sud de la Dalmatie. Le serpent est présent dans la sculpture, l’héraldique et les anthroponymes.

Les ancêtres fondateurs, Cadmus, Harmonie et Illyrios

Bien que le mythe de Cadmos et Harmonie soit d’origine grec. Il était fortement implanté en Illyrie. Les illyriens pensaient d’ailleurs que les protagonistes de cette histoire et leur fils Illyrios étaient les fondateurs de leur civilisation. Je vous renvoie à ce sujet sur le site mythologie.fr, qui vous présente leur histoire : Thèbes, Cadmos.

Le totémisme

Les illyriens entretenaient une relation étroite avec la nature. Les noms tribaux illyriens, les toponymes et les anthroponymes témoignent du totémisme illyrien de l’époque. De nombreuses tribus croyaient en la protection de leur totem, voire se revendiquaient descendants de celui-ci. En voici quelques exemples : Enchelei signnifie « le peuple de l’ anguille « , Taulanti , « peuple de l’ hirondelle », Delmatai « peuple des moutons « , Dardani , « peuple de la poire », Ulkinium , « cité du loup », Delminium , « cité du mouton », etc.

Le cavalier, un apport thrace

Le culte du cavalier thrace s’est répandu jusqu’en Illyrie à l’époque romaine. Il représente un chasseur à cheval, chevauchant de gauche à droite.

Les divinités (liste non-exhaustive)

Aecorna (ou Arquornia) : Déesse vénérée exclusivement dans le bassin d’Emona, dans les villes de Nauportus et Emona Aecorna. C’était vraisemblablement une déesse du lac ou une patronne du trafic fluvial, le long de la Ljubjanica, une rivière de slovénie.

Andinus : Dieu illyrien adoré parmi les Dardaniens en Mésie supérieure . La seule trace qui reste est un nom gravé sur un autel dédié par un bénéficiaire (« un étranger »).

Dei-pátrous : Il était un dieu vénéré à Tymphée comme le dieu père céleste. Son étymologie est en lien avec le * Dyēus-Ph₂tḗr, indo-européen. C’est donc un parent linguistique du védique Dyáuṣ Pitṛ́, du grec Zeus Patēr et du romain Jupiter. La tribu des Parthini adorait Jupiter Parthinus comme divinité principale.

En ou Enji : Dieu du feu et de la guerre, qui a donné son nom au quatrième jour de la semaine en albanais (e enjtë).

Iutossica et Anzotica : Déesses vénérées à Liburnia. Anzotica a été comparée à Vénus.

Laburus : Divinité locale vénérée à Emona. Son nom est inscrit sur un autel érigé à Fuzine, dans un site réputé dangereux pour la navigation, car situé près des rapides de la rivière Ljubjanica. Laburus peut donc avoir été une divinité protégeant les bateliers des rapides.

Medauros ou Armatos : Dieu de la guerre. Représenté comme un cavalier sur sa monture, avec une lance dans sa main gauche. Il est mentionné dans une dédicace à Lambaesis en Numidie par un légat romain originaire de la ville illyrienne de Risinium religion illyrienne.

Prenda, Prema ou Prende : Elle était la déesse de l’amour, de la fertilité et l’épouse du dieu du ciel et du tonnerre Perëndi.

Perëndi : Dieu céleste et du tonnerre, époux de la déesse Prenda. Il est apparenté étymologiquement au dieu thrace Perkos/Perkon, au dieu lituanien Perkūnas, au dieu letton Pērkons et proviendrait de la racine l’indo-européenne *Perkwunos.

Redon : Protecteur des marins. Des pièces de monnaies frappées à son effigie ont été retrouvées en particulier dans la ville illyrienne de Lissos, mais aussi à Daorson et de Scodra. Deux navires illyriens nommés d’après les principales divinités « Redon » et « Médaurus » sont mentionnés dans une inscription au cap Leuci (Italie).

Vidasus : Ce dieu fut comparé par les romains à leur Sylvanus. C’est un dieu des forêts et de la nature. Son nom peut dériver de la racine de indo-européenne *widhu- (« arbre, forêt »). Dans les sources chaudes de Topusko (Pannonie supérieure), des autels sacrificiels étaient dédiés à Vidasus et Thana, dont les noms sont fréquemment associés. Selon les régions, il a pu être adoré sous d’autres noms comme Magla, Cor ou Messor. Certains rapprochent son nom de Cor avec celui du gaulois Cernunnos. Il fut semble-t’il un dieu important avant la période romaine et même après elle.

Thanas : Thanas fut comparée par les romains avec leur déesse Diane. Cette déesse est représentée accompagnée de trois chèvres aux cornes d’or. Elle vit dans les forêts et est associée à la fertilité.

Tadenus : C’est une divinité dalmate portant l’épithète d’Apollon dans des inscriptions trouvées près de la source de la rivière Bosna.

  • Certaines divinités sont connues exclusivement d’Istrie, comme Nebres, Histria, Malesocus ou Boria.

Boria : un dieu de la montagne.

Melosok, Malesocus : dieu illyrien local, protecteur.

Boria : dieu du vent.

Nebra, Nebre : déesse des tempêtes et de la brume.

Histria : Déesse de la péninsule d’Histrie gouverne la terre d’Histrie et tous ses habitants.

  • D’autres théonymes locaux de Liburnie et d’Istrie incluent Latra, Sentona, Bindus et la nymphe Ica.

Latra : (informations non trouvées).

Sentona : Déesse liée à l’agriculture. Son nom apparaît sur trois autels votifs découvert près de Labin. Le culte de Sentona semble avoir été important dans la zone entre Labin (Albona) et Plomin (Flanona), car un grand nombre d’autels votifs dédiés à cette déesse ont été retrouvés dans la région.

Ica ou Ika : déesse de la fertilité.

Bindus, identifié à Neptune, était vénéré parmi les Japodes comme la divinité gardienne des sources et des mers

Informations peu accessibles

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’ouvrages en français sur les divinités illyriennes. Et la médiathèque à côté de chez moi n’en a aucun. J’ai donc du utilisé le web et les articles de chercheurs disponibles sur ce sujet. Cette liste est non-exhaustive et je manque d’informations pour certaines divinités. Mais elle a le mérite de constituer un premier aperçu du panthéon illyrien à compléter ultérieurement. Volontairement ici, je n’ai pas abordé les dieux romains, dont le culte s’exporta en Illyrie. Car c’est la culture illyrienne, beaucoup moins connue, qui était spécifiquement le sujet de cette recherche.

Bibliographie ou à lire au même sujet…

Teuta, reine et pirate
De la formation de l’ethnie illyrienne (à la lumière des découvertes faites en Albanie) de Muzafer Korkuti (archéologue, spécialiste de l’Albanie préhistorique)
Les Illyriens, aux limites du monde grec, Pierre Cabanes
Éléments des cultes illyriens chez les Albanais (Le culte du Soleil), article de Mark Tirtja
Cadmos-serpent chez les Illyriens, diffusion et réception d’un mythe grec par Maria Paola Castiglioni,
– Hatia, Taulant. Illyrian Gods and Goddesses. Uegen, 2010
– Hybrid Deities in South Dalmatia, Marina Prusac (Bulletin d’archéologie en ligne, congrès de Rome 2008)


Pose tes questions ou laisse un commentaire.

(Les commentaires sont lus avant validation.)

Abonne-toi à l'infolettre !