L’érudition, ce n’est pas la sagesse…

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Je crois que j’en ai déjà parlé dans d’autres articles, voir dans celui de juin 2018… je crois. Mais, j’ai envie d’y revenir, parce que chez moi ça représente vraiment un grand changement par rapport à mes premières années. Je regarde ma bibliothèque et je me rend compte, que j’ai vendu y’a quelques mois des livres, pour lesquels j’aurai remué ciel et terre pour les obtenir y’a quelques années. A ce moment, je les pensais indispensables, précieux et que je ne pourrais m’en séparer. Mais la vie, vous donne parfois des leçons surprenantes. Et la mienne passe son temps à me mener sur des chemins, qui viennent contredire mes premières croyances ou mes idées sur la spiritualité. C’est aussi amusant, que c’est inconfortable.

Des livres pour savoir tout sur tout ? Et finalement, rien…

Le fait d’avoir été reconstructionniste ou une démarche du genre… Je ne sais plus quel est le nouveau mot à la « mode » pour désigner ce type de démarche, y’a sûrement été pour beaucoup. Pourquoi ? Parce que chercher à coller au plus près des traditions anciennes et de spiritualités éteintes signifie implicitement bien les connaître ou apprendre à les connaître. Par conséquent, il faut se tenir au courant des dernières recherches archéologiques et thèses historiques, concernant celles-ci. C’est assez naturel. Car la passion qu’a un reconstructionniste ou adepte d’une tradition résurgente, le pousse spontanément à rechercher des infos sur les pratiques des anciens, qui l’ont précédé. Ce n’est pas répréhensible en soi. C’est même logique. Là où le bât blesse, c’est quand on accord trop d’importance à l’érudition, à tout savoir sur tout pour avoir réponse à tout. Et finalement, c’est l’aspect intellectuel de la démarche qui prend le pas sur la dimension spirituelle. Pour moi, c’est quand le mental (fonctions intellectuels, raisonnement) prend le pas sur l’esprit (part spirituelle en nous, part divine immortelle). Je précise, car on met pas tous la même signification derrière les mots mental, esprit, âme, etc. A tel point, que le gros de la pratique consiste à faire des recherches historiques, lire, étudier, écrire et débattre. Sauf que la foi et la spiritualité, ce ne sont pas des études universitaires, ni l’école, ni une démarche intellectuelle ou scolaire. Et que la peur de ne pas refaire correctement comme les anciens poussent parfois à savoir tout sur tout, pour se sentir légitime. Légitime vis à vis des gens de la même tradition, comme étant authentique (sortez votre pedigree) et aussi vis à vis des non-païens, qui nous classent facilement dans la case de dérangés, un peu fous, au pire de vilains satanistes ou de naïfs adeptes du New Age. Montrez qu’on tient notre pratique de ressources anciennes et admises par les historiens, c’est démontrer que notre démarche n’est pas complètement fantaisiste à nos opposants les plus cartésiens.

Afficher une identité païenne

Adopter une tradition c’est aussi adopter ses codes vestimentaires, son langages et ses pratiques. On se reconnaît d’une même tradition parce qu’on porte au cou les mêmes symboles, parce qu’on salue tous avec la même expression. Par exemple le fameux « namaste » pour les hindouistes, « Salâm » pour les islamistes ou « Em hotep » pour les égyptophiles. Même si dans notre pays laïc, afficher sa religion de façon ostentatoire est pas forcément bien vu, une identité religieuse ou spirituelle peut être marquée par ce qu’on porte. Et ceci que ce soit pendant la pratique privée ou en dehors. Elle se voit aussi par rapport aux ouvrages, qu’il y a dans nos bibliothèques. Et je pense, que certains d’entre nous (je me compte dans le lot) peuvent ou ont pu faire une boulimie justement de ce savoir intellectuel, pour répondre aux peurs de ne pas être conforme à une tradition selon le regard des autres et aussi le regard imaginé des anciens. C’est une façon de rassurer sur sa légitimité.

La course à la sagesse

Y’a aussi le désir d’accéder à la sagesse des anciens, comme faire la quête du St Graal. La période des anciens, cet age d’or où ils avaient tout compris… ou presque. Sauf que la sagesse, c’est pas un savoir intellectuel ou une somme de connaissances acquises en lisant la vie des autres. Mais ça, on l’apprend avec l’expérience de la Vie, la grande initiatrice. Cela me rappelle cette phrase tirée d’un ouvrage de Arnaud Desjardins et qui m’est arrivé un jour comme une claque dans la figure pour m’ouvrir les yeux :

« Du moment que certaines paroles nous plaisent, nous les reprenons à notre compte comme si nous en avions l’expérience et notre pensée réelle, vivante, spontanée, est remplacée par la pensée de nos parents, la pensée de nos maîtres, la pensée de ceux que nous avons admirés dans notre adolescence, la pensée de ceux dont les livres nous ont influencés. « 

Extrait de « Bienvenue sur la voie » – Arnaud Desjardins

Ne pas emprunter l’expérience des autres pour forger ses croyances

Mes pensées étaient devenues celles des auteurs que j’avais lu, parce qu’elles me plaisaient et me semblaient sages. Mais, je n’en avais pas fait l’expérience, je ne les avais pas vécues, ce qui est bien différent. Je n’ai pas fini de lire le livre d’Arnaud Desjardins, d’ailleurs… Je me suis arrêtée quelques lignes plus loin, secouée parce que j’avais eu sous les yeux. J’ai achevée sa lecture, deux ans après l’avoir commencé. Depuis, j’ai revendu des livres rares sur les voies que j’ai suivi, sans regret. Je n’ai conservé auprès de mois que les ouvrages, dont j’avais pu vivre les enseignements. Et cela change beaucoup de choses. On se rend compte, qu’on a pas forcément besoin par exemple de tout savoir de l’Égypte ancienne, pour pratiquer sa sagesse. Je dirais même qu’il vaut mieux parfois être ignare au sujet de cette civilisation, mais pratiquer sans le savoir l’essence de son enseignement, en l’ayant acquis par l’expérience personnelle, la vie et les rencontres.

Rien à prouver, tout à vivre !

Je ferais sûrement hurler quelques uns à ce sujet. Mais, ce n’est pas grave. Car je ne cherche pas à imposer ma pensée et à avoir raison. Je n’ai rien à prouver. Aucune légitimité à revendiquer, ni aucune gloire à vouloir atteindre. Je suis moi-même et c’est déjà suffisant. J’ai oublié pas mal de choses apprises sur les voies que j’ai pu emprunter et conservé que l’essentiel. Je n’ai plus l’air d’une spécialiste. On peut me poser des questions sur des sujets que j’avais étudier avec passion par exemple sur la tradition égyptienne et que j’y réponde sincèrement : «  Je ne sais pas ». Car même ma mémoire a fait spontanément un super tri sélectif. Tout ce qui n’est pas de portée concrète, qui ne s’intègre pas dans l’expérience du ici et maintenant, de la vie avec toute sa force et ses mouvements, ça passe assez vite aux oubliettes…

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