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Évite les gens toxiques, entoure toi de quoi au juste…?!?

Dans la web-sphère des blogueurs, des guides, des coachs, des sorcières, des prêtres(sses) et des chamans, le développement personnel côtoie parfois de très près le développement spirituel. Effectivement, il y a des passerelles entre ces deux domaines. Un sujet revient souvent dans la masse des publications. Il s’agit du fameux « entoure-toi de gens bienveillants et évite les gens toxiques ». C’est souvent un bon conseil. Mais, tout dépend du contexte et de la façon dont la personne qui le reçoit le comprend et l’applique. Il est facile de déraper du « évite les gens toxiques » à évite tous les gens qui te contrarient à cause de tes idées. C’est à dire s’entourer de personnes ayant uniquement les mêmes opinions et les mêmes croyances, tout en refusant tout débat. Notre peur du rejet, notre besoin d’appartenance ou notre désespoir parfois nous égarent et nous rendent vulnérables. La frontière entre « éviter les gens toxiques » pour avoir la paix et fuir le monde devient alors très mince.

Qu’est-ce qu’une personne toxique ?

C’est en retournant à la racine des mots, que nous pouvons mieux comprendre les concepts qu’ils désignent. Toxique vient du latin toxicum, qui signifie « poison ». Lui-même est issu du grec ancien τοξικόν ou toxikón, qui désigne un poison dont on imprègne les flèches. Nous avons donc dans le mot toxique, l’idée de rendre malade ou de tuer à l’aide d’une substance. Dans le cas d’une relation sociale, il s’agit d’une personne, qui a le pouvoir de nous faire sentir mal, démoralisé, dévalorisé, vidé voire aliéné. Nous entretenons avec cet individu un rapport malsain. Ce lien peut être basé sur de la manipulation, de la jalousie, de la culpabilisation, de la violence physique et/ou psychique, des critiques, de l’intolérance ou une emprise. Si les pervers narcissiques sont souvent cités comme exemple de personnes toxiques, il peut s’agir aussi d’une personne de notre entourage, qui ne se rend pas compte de l’impact de son attitude. Ses paroles à notre égard agissent comme un poison.

Les personnes contrariantes sont-elles toxiques ?

Mais, il arrive parfois que la notion toxicité d’une personne, soit mal comprise. Elle est alors interprétée comme sa capacité à nous contrarier, c’est à dire nous causer du souci ou susciter notre mécontentement. Cette contrariété se manifeste lorsque notre interlocuteur émet des avis différents des nôtres ou conteste nos croyances. Ses paroles nous irritent et déclenchent notre agacement. Ce déplaisir nous pousse parfois à croire que nous vivrions mieux, sans avoir affaire à lui ou elle. Pourtant est-ce parce que les opinions de cette personne sont contraires aux nôtres, que celle-ci est toxique ? Pour ma part, je répondrai non. Si l’opinion contradictoire d’une personne me dérange, cela ne fait pas d’elle pour autant quelqu’un de malsain ou un obstacle à mon évolution personnelle. Tout dépend du contexte et de la façon dont cette personne exprime son avis. Si ce dernier est énoncé de façon à me faire me sentir idiote, nulle ou pour me dévaloriser en tant que personne, c’est peut-être toxique ou juste maladroit. Mais si mon interlocuteur exprime un avis contradictoire, sans élément me dévalorisant en tant que personne, alors c’est juste un débat d’idées. Je vais prendre un exemple concret avec les opinions ci-dessous.

Un exemple concret

Phrase 1 – Quoi, tu regardes encore ces âneries d’émissions de télé-réalité, mais t’es vraiment une idiote !

Phrase 2 – Pour ma part, je ne regarde pas les émissions de télé-réalité. Car je trouve que ces productions n’ont rien à voir avec la réalité. Elles proposent une forme de divertissement voyeuriste et trompeur.

Dans la première phrase, son opinion négatif sur la télé-réalité est l’occasion de juger la personne en face d’elle et de l’insulter. Elle cible l’autre en usant du pronom « tu ». Dans la seconde phrase, la personne exprime uniquement son opinion et explique celui-ci, sans chercher à juger son interlocuteur parce qu’il ne partage pas le même avis. Elle se positionne avec le « je ».

Je ne suis pas mes opinions

Malheureusement, il arrive que nous confondions la critique de nos opinions avec la critique de notre personne, même si celle-ci est correctement formulée. Parce que avouons-le, nous aimons avoir raison. C’est humain. Nous défendons parfois bec et ongles nos opinions, pas parce qu’elles sont justes, argumentées ou rationnelles. Mais parce que cela froisse notre égo d’admettre que nous avons tord, donc qu’il faut revoir notre vision du monde et nos croyances. Il y a aussi des périodes où nous sommes si émotifs, vulnérables, qu’un rien nous touche, mêmes si les propos n’avaient pas pour intention de nous nuire.

Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d’entendre, ce que vous entendez, ce que vous comprenez… il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même…

Bernard Werber

Le biais de confirmation

Qu’est-ce que le biais de confirmation ? Il s’agit d’un biais cognitif. Il a été introduit au début des années 1970 par les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky. C’est un schéma de pensée trompeur et faussement logique. Le biais de confirmation, en particulier, désigne notre tendance naturelle à prendre de nouvelles informations et à les utiliser pour confirmer notre système de croyances. Il est aussi désigné sous le terme de prophétie auto-réalisatrice. Au lieu de rechercher de façon égale les arguments en faveur et en défaveur de nos idées, nous avons tendance à nous focaliser seulement sur ceux qui les confirment. Ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté de notre part. En effet, notre cerveau préfère les raccourcis, car c’est plus économique en temps et en énergie. Malheureusement, ce biais nous donne une fausse impression d’objectivité. Ce biais opère par une sélection de preuves, mais aussi de souvenirs. A partir de ces éléments biaisés, nous interprétons la réalité. Pour la sélection de souvenirs, pensez aux personnes qui affirment que c’était mieux avant. Leur croyance trahie la réaction tout à fait humaine d’être dérangé par le changement et de préférer garder ses habitudes. Le passé, c’est la zone de confort. Je sais ce qui m’attend, je l’ai déjà vécu. Alors que l’avenir est incertain, cela me demande de m’adapter. Il est pourtant parfaitement normal de voir de temps à autre nos croyances et nos idées remises en question. Cela fait partie du mouvement de la vie.

Est-ce que les gens qui pensent comme vous, vous aident à évoluer ?

Certes vivre au milieu de personnes qui ne partagent pas vos opinions et vos croyances, n’est pas agréable et confortable. Cela peut même à l’extrême vous mettre en danger de mort. Je pense par exemple au régime totalitaire nazi, qui prônait l’extermination des juifs ou à la chasse aux sorcières. Mais nous, européens de l’Ouest en 2021, sommes rarement dans ce cas. Mon propos concerne les situations du quotidien et nos rapports avec les personnes, que nous côtoyons pour diverses raisons (famille, ami, travail, administration, santé…). S’entourer de bonnes personnes, ce n’est pas forcément côtoyer seulement des gens, qui ont le même mode de pensée que soi. Les bonnes personnes, de mon point de vue, sont celles qui sont capables de nous dire des choses agréables ou désagréables, avoir des avis différents, sans nous juger. Elles savent discuter des idées, sans dévaloriser la personne que nous sommes. Être conforté dans ses idées, c’est confortable mais pas forcément sain. La vie est pluralité et diversité, que ce soit d’opinions, de personnalités, de cultures, de croyances, d’expériences et surtout d’idées. Sans cela, nos cultures et nos sociétés n’auraient pas évolué. Par exemple, l’esclavage n’aurait pas été remis en question, la perception de la terre et le fait qu’elle ne soit pas au centre de l’univers non plus, ou encore la monarchie de droit divin, etc. Les avis divergents sont une source d’évolution. Ils nous permettent d’exercer notre esprit critique, de prendre conscience qu’il y a d’autres façons de vivre. A mon sens, le débat d’idées est le terrain de jeu de l’ouverture d’esprit. Donc, une personne qui te contrarie parce qu’elle a des opinions différents des tiens, n’est pas une personne toxique. Toutes les idées sont critiquables ou discutables. Quand elles ne le sont pas, c’est probablement parce qu’elles sont devenues des croyances ou bien des tabous.

Définition de la croyance
«  Dans son acception la plus simple, la notion de croyance sert à désigner l’adhésion à des idées, des opinions, des valeurs sans qu’une démonstration rationnelle, empirique ou théorique n’ait conduit à l’élaboration et l’adoption des croyances en question. Classiquement donc, la croyance reposerait sur une parole d’autorité, un ouï-dire, des raisons non vérifiées en elles-mêmes : croire, c’est se fier à quelqu’un ou quelque chose (texte, récit, mythe, etc.) indépendamment de faits empiriquement établis ou démontrés. »

Source : encyclopédie Universalis. »

Tabou : qui ne doit pas être évoqué dans la conversation, qui est frappé d’interdit quel que soit cet interdit ou qui ne peut faire l’objet d’aucune critique.

Source : encyclopédie Universalis. »

Se sentir écouté et compris

Pourquoi cherchons nous à être écouté et compris ? Tout d’abord, pour ne pas nous sentir seul, donc exclut de la société. C’est notre peur du rejet, qui nous pousse à chercher une personne ou un groupe correspondant en notre conception du monde (idées, croyances, culture, valeurs…). En soit, c’est un besoin parfaitement humain. Nous cherchons à satisfaire notre besoin d’appartenance (voir la pyramide des besoins de Maslow). L’être humain est en effet un être sociale. Il lui est nécessaire d’être au contact des autres durant son enfance pour se développer. Je vous invite à consulter les expériences de René Spitz, psychiatre et psychanalyste américain d’origine autrichienne, dans les années 1940 à ce sujet. Ce besoin est aussi présent à l’âge adulte. Nous avons eu l’occasion de le constater dans une expérience à grande échelle, lors du confinement au printemps 2020. Avec la diminution des interactions sociales, les autorités sanitaires ont constaté un accroissement de la détresse psychologique chez la population générale.

Celui qui t’écoute, ne veut pas forcément ton bien

Mais, quelqu’un qui pense comme nous ou affirme partager nos points de vue, n’est pas forcément inoffensif ou bien intentionné. Les experts du marketing, les leaders politiques et les gourous de secte ont en commun, de se servir de ce besoin, pour séduire leur cible. La technique est simple. Pour s’adresser à leur public, ils parlent de leurs histoires et ce qu’ils ont en commun avec vous. Ils témoignent avoir vécu les mêmes difficultés et avoir la solution pour les résoudre, car ils sont la preuve vivante que c’est possible. Ils peuvent parfois susciter la peur, en parlant de ce qui se passera de grave si vous ne faites rien. Puis ils vous font entrevoir qu’ils possèdent la solution pour faire cesser une souffrance, une injustice ou un problème en achetant leurs produits, leurs services ou en adhérant à leur projet de société. C’est pourquoi les gourous de secte s’adressent particulièrement aux personnes vulnérables. C’est à dire qui traversent un moment difficile de leur vie : maladie, décès d’un proche, divorce, chômage, traumatismes suite à une agression ou un accident, harcèlement, dépression nerveuse, phobie sociale, enfance difficile, difficultés financières, etc. Car leur besoin d’être écouté et soutenu, est accru. Leur souffrance et leurs problèmes prennent tellement la place dans leur esprit et leur vie, qu’ils cherchent à tous prix à s’en défaire. Le désespoir les mènent alors à adhérer à des discours séducteurs, dans l’espoir d’être délivré par un sauveur, une héroïne, un prophète ou un pouvoir miraculeux. Le discours du manipulateur ressemble beaucoup à celui de gens bien intentionnés (thérapeute, guide, conseiller, militant…), ce qui le rend parfois difficile à déceler.

Les autres ne comprendront pas….

L’escroc appuiera parfois sur le fait que vos proches ne peuvent pas comprendre, que certaines personnes vous diront que ce qu’il enseigne est faux. Selon eux, mieux vaut ne pas les écouter pour avoir la paix de l’esprit, l’initiation ultime, la guérison divine ou l’élévation spirituelle, etc. Ils sont soi-disant une entrave à votre évolution. Petit à petit, il vous coupe de votre réseau sociale pour vous inciter à vivre seulement avec ceux qui ont les mêmes conceptions ou au sein de sa communauté. Voilà comment il est possible de passer de vouloir fuir les gens toxiques, à refuser le débat d’idées, puis fuir la société en rejoignant une communauté repliée sur elle-même. Ce phénomène est aussi appelé bulle de l’entre-soi, c’est à dire être amis seulement avec des gens qui pensent juste comme moi. Le lien social s’étiole et le vivre ensemble devient plus difficile. Les individus se polarisent. Ils se forment alors ce qu’on appelle des opinions identitaires. C’est à dire que chaque personne s’identifie à ses opinions, comme si l’opinion devenait soi. Si cet opinion est attaquée, alors l’individu se croit attaqué personnellement.

Vouloir la paix versus fuir le monde

Lorsque tout va mal, il est en effet tentant de vouloir s’éloigner de la société pour faire cesser nos souffrances et repartir à zéro. Vous avez sûrement déjà vu passer dans le fil d’actualités de votre Facebook le visuel d’une maison en bois perdu en forêt au bord d’un lac ou sur île déserte, avec la question : « Que serais-tu prêt à faire pour pouvoir passer un an ici ?». Je vous rassure, cela m’a tenté aussi. Franchement, les actualités sont si déprimantes, que l’envie de fuir le monde est vraiment tentante. A certaines périodes de notre vie, il peut nous arriver une série d’événements négatifs, qui nous donnent l’impression que le sort s’acharne contre nous : licenciement, maladie, décès d’un proche, etc. Ce peut-être une solution temporaire, qui nous permet de reprendre pied. Parfois effectivement pour faire le point, il est nécessaire de prendre de la distance. L’essentiel est que cela ne devienne pas une fuite du monde réel pour aller se réfugier dans une illusion de « paradis », où tout le monde vous brosse dans le sens du poil. De mon point de vue, avoir des gens avec des opinions différents des nôtres et tolérants dans notre cercle de relation, est une nécessité. Grâce à eux, nous pouvons voir le monde sous un autre angle et éviter de nous enfermer dans un système de pensée. Ils sont nos garde-fous. Si nous sommes contrariés par l’opinion d’une autre personne, la première chose à faire est plutôt de se demander pourquoi celui-ci nous touche. Mais cela ne signifie pas que cette personne est « toxique » et que vous devez l’éloigner de vous. Certes, ce n’est pas confortable, mais qui a dit que la vie devait être quelque chose de seulement agréable ?

Je vous invite à voir la conférence d’Albert Moukheiber sur le fonctionnement de notre cerveau.

Lors de cette conférence-débat, découvrez les facteurs et mécanismes cérébraux qui influencent nos prises de décisions et entrent en jeu au cours de l’apprentissage. Apprenez à repérer et à déjouer les différents biais cognitifs à l’oeuvre dans le fonctionnement de notre cerveau.

Sources et lectures complémentaires :


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