Autonomie, créativité, authenticité et libre expression dans le domaine spirituel

Être bien avec sa spiritualité… et foutre la paix aux autres !

La spiritualité est un rapport intime et personnel à « ce qui est divin » (dieu, déesses, les divinités, le grand tout, le grand architecte, etc). C’est en cela qu’est sa grande différence avec les religions,  qui sont des institutions pensées pour gérer l’aspect collectif ou communautaire. Ce qui ne signifie pas que l’aspect collectif et la relation à l’autre soit absent de la spiritualité. Mais à mon sens,  ce n’est pas sa caractéristique principale. Et si cela est personnel, c’est donc subjectif (relatif au sujet). Il faudrait être l’autre pour réellement vivre et comprendre son rapport à la tradition, à la philosophie et/ou aux divinités suivies. J’utilise le verbe « suivre » et pas « choisir ». Parce que cette adhésion ne relève pas toujours d’un choix. Ce n’est pas forcément comme choisir ses petites culottes au rayon lingerie par goût personnel, envie de plaire ou pour suivre la mode. Nous ne sommes pas dans les chaussures de l’autre pour décider à sa place, quelle foi devrait mieux lui convenir (en  particulier en sa basant sur des échanges web). Pourtant, il m’est arrivé de porter des jugements de ce type envers autrui et j’ai compris mon erreur. Et il m’arrive de lire encore des réflexions dans le monde néo-païen de ce type. Alors que la seule chose dont nous soyons vraiment responsables , c’est gérer notre vie pas celle des autres. Alors pourquoi continuer à se mêler de ce qui ne nous regarde pas et à croire mieux savoir que l’autre, ce qui lui  convient ?

Marcher dans les chaussures de celui que tu juges…

Il y a des débats, qui sont assez récurrents dans le monde (néo-)païen contemporain. Par exemple, il y a celui de penser que la spiritualité du sol où on vit ou de nos ancêtres devraient être celle, qui nous conviendraient le mieux. Ou bien que adhérer à une foi étrangère est une erreur, un choix exotique, un effet de mode, ou encore que la wicca éclectique c’est du bloubiboulga, etc. Je dis pas que ça puisses pas arriver. Le problème, c’est qu’on est pas dans la tête de la personne pour pouvoir en juger. On ne connait pas forcément son histoire, ses attentes, ses besoins, ni son devenir et ce qu’elle va tirer de cette expérience. Ensuite, on ne peut pas faire une généralité de quelques cas, parce que c’est comme ça qu’on fabrique un préjugé. Cet apriori peut lui même devenir un prétexte à moqueries et à discriminations. Et sincèrement, dans notre histoire, le paganisme a été suffisamment brimé, moqué et victime d’apriori, pour que cela nous servent de leçon. En théorie. En pratique, effectivement nous sommes comme les autres êtres humains, une mémoire courte et des erreurs qui se répètent, etc. Je ne dis pas ça pour faire un procès, c’est un constat. J’ai aussi agi de la sorte et je pourrais encore le faire. C’est aussi mon mea culpa. C’est aussi ma leçon de vie à intégrer au quotidien.

La spiritualité qui te convient, n’est pas celle qu’il y a de mieux…

C’est parce que j’en ai fais l’expérience et que je pourrai encore faire cette erreur, que je peux en parler. Je n’ai pas de tabou sur le sujet. Je ne me crois pas meilleure que toi dans ce domaine. Vivre une spiritualité païenne contemporaine, c’est aussi cela. C’est à dire se regarder dans le miroir et y voir son côté monstrueux, détestable, sombre ou ses erreurs. L’initiation n’est pas qu’un rituel sympa, que je vis le temps de quelques réunions dans les bois avec des amis en robe de lin et des couronnes de fleurs. Je caricature bien sûr 😉 . C’est aussi un travail introspectif. Et ce n’est pas parce que le sujet dérange, qu’on doit faire comme si de rien n’était, parce que tout le monde le fait. Oui, tout le monde l’a au moins fait une fois dans sa vie et moi plusieurs, que ce soit en se pensant ou pas bien intentionné. Car il est possible d’agir de la sorte en se pensant bien intentionné ou dans le « vrai« . En cela, nous ne sommes pas si éloigné du comportement de certains monothéistes, dont nous critiquons l’acharnement à vouloir nous ramener dans le « droit » chemin. Parfois, nous jugeons les choix des autres comme des erreurs et nous aimerions bien les amener sur notre « chemin », parce qu’il semble à nos yeux plus vrai, plus authentique ou plus cohérent. Mais cohérent avec quoi ? Simplement avec notre propre vie et nos propres expériences, qui ne sont pas celles de l’autre. C’est pas parce que tu es heureux et épanoui sur ta voie, que celle-ci est la plus vrai ou la plus authentique, et que par conséquent tout le monde devrait la suivre.

Se tromper fait partie de l’initiation et de la vie

D’autre part, les erreurs font partie de l’expérience. Il est utile d’en faire pour apprendre. Alors quand bien même un choix que je juge erroné pour l’autre, le serait vraiment, cela peut se révéler formateur et une étape nécessaire à sa progression. Notre point de vue n’est qu’un angle de vision sur une situation, qui en comporte plusieurs. Je ne dis pas qu’on a pas le droit d’avoir des opinions. Mais il me semble malsain d’en faire des jugements sur la valeur d’une personne ou de ses choix. Formulé autrement, tu peux dire par exemple « je pense que les traditions liées au sol sont plus appropriées », mais pas « tu devrais étudier ces traditions plutôt que celles-là, car ton choix est incohérent, inapproprié, etc ». La subtilité est dans la formulation. Mais elle a son importance. Dans le premier cas on donne son avis, qui est subjectif, la personne est libre de suivre ou pas. Dans l’autre on se pose en juge et censeur, utilisant la formulation « devoir » pour inciter fortement l’autre à suivre son avis quitte à nier sa liberté de conscience.

Ne pas intervenir sauf si…

Attention, je parle ici des choix de traditions, de voies ou de pratiques, qui n’entrainent pas de conséquences graves. Par là j’entends une aliénation mentale vis à vis d’un gourou, de porter une atteinte physique ou psychique à soi-même ou à autrui, à une personne mineure, d’enfreindre les lois, etc. Dans ces cas là évidement, ça devient légitime d’intervenir, pour éviter un drame ou un accident.

Est-ce qu’on choisit ou est-ce qu’on est choisi ?

Les cheminements sont parfois simples, parfois complexes, et surtout variés. Ils sont propres à chacun avec des points communs. C’est ce que j’ai pu observé lors de mes différentes expériences en suivant la formation d’autres personnes dans la tradition égyptienne, puis la voie de la déesse. La formulation « pourquoi tu as choisi telle voie, plutôt qu’une autre » me semble pas forcément appropriée. Car cela ne se passe pas comme une séance shopping où tu choisis un tee-shirt par goût personnel, envie de plaire ou pour suivre la mode. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de mode aussi dans ce domaine. Mais, ce critère n’est pas valable pour tous les cas. On ne peut donc en faire une généralité. Trouver sa voie du premier coup et la suivre toute sa vie n’est pas plus glorieux, que tâtonner et en expérimenter plusieurs jusqu’à sa mort. La spiritualité n’est pas une compétition, ni une quête de pouvoir. Parfois on a l’impression d’avoir choisi, parfois l’impression d’avoir été attiré ou conduit vers. Est-ce que les chamanes mongoles choisissent de le devenir ? Non ! Mircea Eliade en a bien témoigné dans son ouvrage, ça leur tombe dessus et pas forcément de façon douce et confortable. Corine Sombrun n’est pas mongole, pourtant les esprits par un concours de circonstances l’ont bien conduite là-bas pour être formée.

J’ai appris de mes expériences, que je suis responsable de mes choix spirituels, mais pas de celui des autres. Je sais, que je ne sais pas pour eux. Et j’attends de l’autre que ce respect soit réciproque.

Esklara


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