Pourquoi écrire son blog spirituel à la première personne ?

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C’est une question qui trotte depuis longtemps dans mon esprit et qui finalement ne concerne pas que les blogs païens. En fait, j’ai du me la poser dès les premières années ou j’ai bloggé, soit il y a un plus de 15 ans. Cette question est intervenue suite aux accusations faites aux blogueurs qui parlaient de leurs vies d’être égocentriques ou de trop regarder leur nombril. Je pense surtout aux blogueuses mode/beauté, qui gravitent autour de communauté type Hellocoton. Ces dernières ont pu retirer des avantages financiers de leur notoriété (articles sponsorisés, partenariats avec des marques…), qui ont suscités jalousies et polémiques. Il me semble qu’il y a eu aussi des polémiques ou jalousies de ce type dans le monde ésoterico-païen. Cela me semblait un peu hâtif comme conclusion et trop simpliste de mettre tout le monde dans le même panier. Le « Je » n’est pas sale, ni tabou. Seulement subjectif et le subjectif n’est pas forcément un défaut.

Définition selon Larousse.fr
subjectif, subjective. Qui relève du sujet défini comme être pensant, comme conscience individuelle, par opposition à objectif. Se dit de ce qui est individuel et susceptible de varier en fonction de la personnalité de chacun.

Le blog, comme journal et site personnel

Parler à la première personne n’est pas forcément une démarche nombriliste. C’est au contraire le moyen d’aborder des sujets selon l’angle que tu connais le mieux, c’est-à-dire ta propre expérience. La plus part des blogueurs ne sont pas des journalistes, notamment dans le monde néo-païen. Ils ne sont donc pas soumis aux règles de cette profession, c’est-à-dire éviter d’être subjectif. Bien au contraire. Le blog est à l’origine un journal de bord apparenté au journal intime. Depuis sa naissance, ce type de site a évolué et il y a effectivement des blogs institutionnels, d’entreprises, de journalistes, d’universitaires, etc. Il reste cependant le format favori des sites personnels de Monsieur et Madame Toutlemonde, donc le lieu où l’on parle de soi (ses expériences, ses croyances, ses centres d’intérêts, ses erreurs…). Selon le site trucsdeblogueuse.com : « En France, il semblerait qu’il y ait eu 14 millions de blogs en 2011 d’après Technorati, avec 2,5 millions d’articles par jour.». Impressionnant ! J’ignore quel est la part de blogs spirituels et parmi eux païens.

Parlez de soi

Quel intérêt de parler de ton vécu ? Tu es la personne que tu connais le mieux. Tu es le seul à avoir accès à tes pensées, tes émotions et tes motivations les plus intimes. Certes, lorsque j’écris, je peux faire le choix de ne pas en parler ou de mentir sur le sujet. Mais écrire un blog constitué de faux sentiments et de pensées empruntées, falsifiées, cela n’a aucun intérêt. Enfin pour moi. Après, tu  fais ce que tu veux. Parlez des autres est un exercice périlleux, d’abord parce que même en étant très proche d’une personne je ne connais jamais toutes ses intentions, ses sentiments et ses émotions. Je ne suis jamais que spectateur de ce que l’autre veut bien extérioriser et je suis possiblement trompée par mes filtres interprétatifs (cf. articles précédents « ces automatismes qui influent notre perception du monde »). Comme le dit Bernard Weber dans son encyclopédie du savoir relatif :

« Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d’entendre, ce que vous entendez, ce que vous comprenez… il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même… »

Le sens des mots et les quiproquos

Enfin, bien que nous ayons tous appris la même langue à l’école primaire, nous ne donnons pas exactement le même sens aux mots et surtout la même connotation affective. J’ai constaté que les mots sont autant l’expression de notre raison que notre cœur. Pensez à la madeleine de Proust ou à la saveur de l’eau du puit du Petit Prince chapitre 25 :

« Je soulevai le seau jusqu’à ses lèvres. Il but, les yeux fermés. C’était doux comme une fête. Cette eau était bien autre chose qu’un aliment. Elle était née de la marche sous les étoiles, du chant de la poulie, de l’effort de mes bras. Elle était bonne pour le cœur, comme un cadeau. »

Ce n’est que l’eau d’un puits. Pourtant dans ce contexte, elle devient une fête. Ainsi j’ai lu le témoignage de personnes pour qui le néo-paganisme peut être un mot à connotation péjorative comme New Age, alors que pour d’autre il est neutre. Il en va de même pour le mot éveil. J’ai vu ce mot autant employé pour décrire une découverte du monde spirituel et le début d’un cheminement, que au contraire comme son aboutissement ultime. Un même mot peut désigner plusieurs réalités, pratiques ou expériences. D’où la difficulté à en concevoir une définition qui satisfasse tout le monde et se concentre sur ce qu’il y a de communs au sein d’un mouvement. Il y a par exemple une grande diversité de traditions et de croyances au sein du néo-paganisme, et au sein mêmes de celles-ci encore des nuances. Employer ce mot (ou d’autres) peut donc susciter des quiproquos comiques. C’est pourquoi les cours de communication proposent plutôt que de rester sur ce qu’on croit comprendre de son interlocuteur, de lui poser des questions pour l’inviter à reformuler son point de vue. Car comprendre l’autre ne va pas toujours de soi, même les gens que nous aimons et avec qui nous vivons tous les jours. Alors imaginez avec une personne que vous ne connaissez que par relations interposées ou via des échanges sur le Web.

Le danger des suppositions

Parler des autres, c’est prendre le risque de parler sur eux, de mal interpréter leurs propos, de les déformer, de leur attribuer des idées ou des intentions qu’ils n’ont pas ou de porter des jugements de valeur. La vie que je connais la mieux est la mienne. C’est pourquoi par exemple parmi les 4 accords toltèques, on trouve le suivant :

« Ne faites pas de suppositions. »
Miguel Ruiz

Un des poisons de la communications entre humains est de supposer à partir des paroles de l’autre ses intentions et de finir par se convaincre que ces hypothèses sont exactes. C’est ainsi que naissent les ragots et la médisance. Alors qu’il est plus simple de poser des questions directement à l’intéressé.

« Celui qui pose une question risque de passer pour un sot. Mais celui qui n’en pose pas est sûr de le rester. »
Confucius

Je, on et nous

Et puis, il y a aussi des articles exposant un avis personnel, mais où l’auteur utilise le « on » pronom indéfini par essence, qui désigne tout le monde et personne en particulier. Ceci ne veut pas dire que je déconseille ou déteste son emploi. Dans certains cas, son utilisation est justifiée. Mais disons que dans certaines tournures de phrase, ce pronom peut donner l’impression que l’auteur n’assume pas ce qu’il écrit. « On » est indéfini. « Je » désigne franchement et sans équivoque qui écrit. Le « nous » est problématique aussi. Car il peut être utilisé en pensant nous, comme étant moi plus le groupe auquel j’appartiens, je me sens relié ou la mouvance. Cela présuppose que l’auteur et cette entité de plusieurs personnes aient la même vision des choses. Sinon, l’auteur va parler au nom d’un groupe en lui prêtant ses pensées alors qu’elles ne sont pas partagées par tous. Le « nous », c’est un peu le porte-voix du porte-parole. Qui est ce « nous » ? Comme pour le « on », il y a des contextes ou le « nous » est tout de même justifié. Inutile de le bannir. Tout dépend de la situation.

Assumer sa sincérité

Toutes ces erreurs, je les ai faites et il m’arrive encore si je ne fais pas attention, de les reproduire. Pourquoi surveiller la forme de ce que j’écris ? Pour être comprise ( qui n’est pas synonyme d’approuvée), pour éviter les quiproquos qui font perdre un temps fou pour rien… Dans toute forme de communication, chaque interlocuteur est responsable de ce qu’il émet, mais pas de la façon dont l’autre reçoit. Donc peut importe les précautions prises, il y aura toujours une ou plusieurs personnes pour se tromper sur tes intentions, tes pensées, etc. Que cela ne t’empêche pas de communiquer de façon franche et assumée avec le « je ».

“Dans la communication, le plus compliqué n’est ni le message, ni la technique, mais le récepteur.”
Dominique Walton, sociologue français

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