Autonomie, créativité, authenticité et libre expression dans le domaine spirituel

Débattre, critiquer et s’informer sur le net

L’art du débat est difficile. On ne me l’a pas appris. J’en suis consciente. Et d’ailleurs, cela ne fait pas partie de notre éducation (souvent, y’a des exceptions), tout comme l’art de communiquer. Je ne parle pas de l’art de communiquer des marketeux et des pubards, qui a pour objectif de vendre en utilisant nos émotions pour manipuler nos opinions et créer des « faux » besoins. Je parle de l’art de discuter avec autrui d’un sujet en avançant des arguments contradictoires et en recevant l’opinion d’autrui, sans se sentir blessé, diminué ou attaqué. L’art d’échanger sans chercher à prendre le pouvoir sur autrui ou à combler les failles de son amour propre en voulant forcément avoir raison.

Les difficultés à communiquer sur le web

C’est à dire bien distinguer la critique d’un sujet de celui de sa personne. Ne pas penser, que parce qu’on a pas les mêmes idées, on est en systématiquement en « conflit » ou qu’on remet en question notre personne. Évidement cela dépend du contexte. Mais beaucoup de dialogues, de débats n’ont pas lieu par peur de ce face à face d’idées, reçu comme une attaque personnelle. Beaucoup de conflits naissent aussi sur Internet du fait que la communication y est encore plus sujette a quiproquos que dans la réalité. Cela s’explique par le fait que l’être humain a besoin d’autres signes non-verbaux pour comprendre l’autre. L’écrit seul est parfois lacunaire. Les expressions du visages et le ton comptent autant que le choix des mots. On parle aussi de langage corporel.

L’internaute zappe

Sur le net, le comportement est aussi plutôt au zapping et à la consommation rapide de données. En 2019, le temps moyen passé sur un site Internet était de 2 minutes et 19 secondes (source Blog Orson.io). Nous lisons en diagonale, plutôt ce qui est court et facile à comprendre. Les marketeux parlent d’ailleurs de « snack content » ou « snackable content ». Ce qui ne favorise pas forcément la réflexion en profondeur. Pire encore, parce que nous ne savons pas tenir un débat contradictoire, il peut nous arriver de renoncer à échanger et à vouloir vivre uniquement avec des gens de mêmes opinions. Cela me fait penser à ces beaux principes du développement personnel, qui encouragent à ne fréquenter que des gens dans un état d’esprit positif ou qui sont dans le même état d’esprit ou un « mindset» plus élevé. Inconvénient, mal compris ce principe peut conduire tout simplement à se créer un cercle de personnes, qui vous caressent dans le sens du poil et ne vous présentent que la vision de la vie, qui vous convient. Et c’est ainsi que nous construisons une vision du monde limitée et artificielle. Certes, elle est confortable. Mais dans un tel cadre, nous ne sommes pas remis en question dans nos convictions, au risque de finir par adopter une perception figée et erronée de la vie. La contradiction fait partie de notre existence, même si elle est inconfortable à expérimenter. Ce n’est pas quelque chose de mauvais en soi. Elle nous permet aussi d’évoluer, de prendre conscience de nos erreurs et d’apprendre le vivre ensemble dans le respect de la diversité.

Interpréter ce que dit l’autre

Même si notre interlocuteur choisit les bons mots, il peut nous arriver de mal comprendre. Nous lui donnons la tonalité de notre humeur du moment. Nous comprenons ce qu’il dit en fonction de l’état dans lequel nous sommes. Un état, qui n’est pas forcément palpable par notre interlocuteur, au travers d’un écran sur Internet. Il arrive aussi aux êtres humains de d’attribuer un sens péjoratif ou mélioratif à un mot, en fonction de son histoire personnelle. Par exemple, une personne peut-être susceptible sur le sujet de la paresse ou de prendre du temps pour ne rien faire, parce que dans son enfance, il a été traité de « bon à rien » par un parent maltraitant. Le mot ou le sujet touche une blessure ancienne. Mais son interlocuteur ne le sais pas. Parfois, la personne n’en est elle-même pas consciente. Cela vient de son histoire personnelle. Enfin, nous allons parfois rapidement en conclusion hâtive en nous fiant à nos impressions. Il n’y a pourtant aucune honte à dire « je ne sais pas » et à poser des questions pour vérifier, si ce que nous supposons est juste. Je ne juge personne. Ce sont des erreurs que j’ai faite et que je peux encore faire. Que des proches ont faites. Qui s’observent facilement autour de soi. Mais que nous pouvons corriger en nous observant, en prenant conscience du problème et en choisissant d’agir.

La communication implicite

Parfois, nous entamons un dialogue écrit sur Skype, Messenger ou autre… en pensant que certaines informations sont connues de l’autre ou évidentes. Hors ce n’est pas le cas. L’implicite, c’est une ou des informations qui ne sont pas énoncées en termes clairs et que l’interlocuteur doit comprendre par lui-même. C’est ce qu’on désigne aussi par le terme de sous-entendu. Ce qui donne lieu parfois à de superbes quiproquos. Imaginez une salle fermée avec un groupe de 3 ou 4 personnes autour d’une table entrain de discuter. Une autre arrive et frappe à la porte. Quelqu’un dit : « On frappe à la porte. », pensant que quelqu’un va se lever pour ouvrir. Mais, personne ne bouge. Parce qu’elle n’a pas dit : « Est-ce que quelqu’un peut aller ouvrir ? ». Cela lui semblait évident que sa phrase invitait les autres à aller ouvrir, mais ce n’était pas énoncé clairement. Les autres ne l’ont pas perçu comme une demande claire. Personne n’a bougé.

Internet, vers une communication pauvre et édulcorée ?

Communiquer est un rapport à double sens. Il revient à l’émetteur de s’exprimer clairement. Et en retour, à l’émetteur d’être à l’écoute, de poser des questions ou de demander à faire reformuler si il n’est pas sur d’avoir compris le message. Cela me rappelle aussi les jeux dit du « téléphone arabe » en classe de primaire. L’émetteur murmure un message à l’oreille d’une personne, qui doit le répéter à une autre, puis autre, etc. Et en bout de chaîne malgré le soin apporter par chacun à répéter le plus fidèlement possible le message, celui-ci arrive souvent en bout de chaîne déformé. Bien communiqué n’est pas de soi. Internet est un lieu d’échanges, pourtant je vois les forums passer de mode, les commentaires dans les blogs diminuer et les groupes Facebook ne sont pas vraiment des lieu de dialogues. Il y a souvent quelques membres plus actifs, qui postent et alimentent le fil, et beaucoup de spectateurs. J’avoue préférer les forums. Surtout quand ils ont la forme de groupe de travail ou de réflexion, avec des travaux suivis. On peut voir l’évolution ou constater un résultat concret à la fin, car il y a un objectif à atteindre ou un but à concrétiser.

Il me semble que poster un statut sur les médias sociaux, revient plus aujourd’hui à chercher une forme d’approbation en récoltant des « likes » ou à consommer de l’information. Je peux me tromper. Mais, je crois que ce n’est pas pour rien que les marketeux parlent de « snack content ». On dévore de l’info comme on mange un plat de TUC ou des Curly à l’apéro devant une série TV, le tout arrosé d’une bière. C’est à dire sans y prêter vraiment attention. C’est peut-être de la nostalgie de ma part des premières années du web où nous étions dans l’effervescence du partage de connaissances. Cet outil abolissait les frontières physiques et économiques pour que les idées circulent auprès du plus grand nombre, pour faire évoluer les esprits. Vision idéaliste ?


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