Cathubodua et la femme celte

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Cet article a été publié pour la première fois, il y a environ 3 ans sur un blog à propos de la divinité Cathubodua. Conservé dans mes archives depuis la fermeture du site, j’ai décidé de le ré-édité.

Je poursuis mon exploration historique. Cette fois-ci, je vais aller à la rencontre de la femme celte. Peut-être que comprendre la place de la femme dans la culture celte pourra m’éclairer sur la nature de Cathubodua.

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La femme celte et le mariage

La femme celte est relativement indépendante de l’homme. Elle peut posséder des biens en propre, notamment mobilier (la propriété foncière était collective chez les Celtes). Elle les conservait en cas de mariage et pouvait les reprendre en cas de divorce. Le mariage est une institution souple, un contrat en deux personnes, dont la durée n’était pas nécessairement définitive. En théorie, la femme choisissait librement son époux. Si elle possédait plus de biens que son époux, c’est  elle qui dirigeait les affaires du ménage. Si leur fortune était égale, le mari pouvait gérer ses biens sans l’avis de sa femme. Le mariage ne signifiait pas pour l’épouse entrer dans la famille de l’époux, elle était toujours membre de sa famille et y retournait en cas de divorce. Si l’époux décidait de la quitter, il devait indiquer des motifs graves pour justifier sa décision, sinon il devait payer des dédommagements. De même la femme pouvait divorcer en cas de mauvais traitements et conservait ses biens. La séparation pouvait aussi se faire par consentement mutuel. Les remariages sont aussi possibles.

Le courage de la femme celte et la guerre

D’après Diodore de Sicile (V.32) :

« chez les Gaulois, les femmes sont presque de la même taille que les hommes, avec lesquels elles rivalisent de courage ».

D’après Ammien Marcellin (XV.12), quand un gaulois est dans une rixe, il peut appeler sa femme pour l’aider :

« l’humeur des Gaulois est querelleuse et arrogante à l’excès. Le premier venu d’entre eux, dans une rixe, va tenir tête à plusieurs étrangers à la fois, sans autre auxiliaire que son épouse, champion bien redoutable encore. Il faut voir ces viragos, les veines du cou gonflées par la rage, balancer leurs bras robustes d’une blancheur de neige et jouer des pieds et des poings, assurant des coups qui semblent partir de la détente d’une catapulte ».

Lorsque les troupes romaines de Caius Marius firent face  aux fantassins cimbres près de la ville de Vercellae (en -101 av. JC), elles combattirent aussi des femmes armées d’arcs, de poignards et de glaives. Leur furie marqua Caius Marius.

Plutarque  nous raconte la fureur des femmes ambrones dans la bataille d’Aix-en-Provence opposant leurs époux aux troupes romaines de Marius, en 102 av. J.-C. (DEYBER 2009, p. 143) :

« Mais là, les femmes se jetant à leur rencontre avec des épées et des haches et poussant des cris aigus de colère et de rage s’efforçaient de repousser à la fois les fuyards et leurs poursuivants, les uns comme traîtres, les autres comme ennemis : elles se mêlaient aux combattants ; de leurs mains nues, elles arrachaient les boucliers des Romains et saisissaient leurs épées, en supportant les blessures qui déchiraient leurs corps avec un courage invincible jusqu’à la fin. » (Plutarque, Vies parallèles, Marius, XIX, 9)

Tacite

« Sur le rivage l’armée ennemie faisait face, dense en armes et en hommes ; parmi elle couraient des femmes semblables à des furies, les cheveux dénoués et portant des torches. Autour d’elles des druides, les mains tournées vers le ciel, répandaient d’affreuses imprécations […] » Tacite, Annales, XIV, 30

« Nous bretons, nous avons l’habitude qu’une femme commande à la guerre. » Tacite, Annales, XIV, 34

Malgré ces témoignages, l’existence de la femme celte guerrière fait encore débat et divise. On ignore si ces témoignages sont des cas isolés ou si la participation de la femme celte aux batailles était courante. L’archéologie nous en apprendra peut-être plus dans les années à venir. Les études des ossements issus de « sépultures de guerriers » ne sont pas aussi fréquentes qu’il le faudrait. Le raisonnement est souvent d’associer une sépulture en armure à un homme, hors il y a peu de temps des archéologues sont tombés dans le panneau. Une news datant du 18 octobre 2013 raconte que deux squelettes ont été retrouvés dans une tombe étrusque, l’un armé, l’autre porteur de bijoux. De prime abord, il a été déduit que celui porteur d’armes était un prince, celui porteur de bijou une princesse. Hors l’analyse des ossements en laboratoires a révélé l’inverse (voir les liens suivants Oops! Etruscan Warrior Prince Really a Princess – Etruscan Warrior Prince Actually A Princess, Bone Analysis Reveals).

La femme celte et la politique

D’après Plutarque, les femmes peuvent jouer un rôle important dans les assemblées confédérales, qui traitent des alliances ou des conflits. Leur bon jugement et leur impartialité y sont appréciés. C’est pourquoi elles se voient confier la tâche d’arbitre dans les conflits.

Tacite (56-120 après J.C) dit dans ses Annales que « les Celtes n’avaient rien contre le fait d’être dirigés par une femme« . Ou encore dans « Vie d’Agricola« : « Sur l’île de Bretagne aucune loi n’interdit aux femmes de monter sur le trône ou de commander les armées« .

Conclusion

Le contexte culturel dont est issu Cathubodua témoigne d’une vision de la femme  plus libre et souveraine que par exemple chez les romains ou les grecs. Il nous apprend également qu’elle peut se révéler aussi combative et courageuse que l’homme, voire prendre les armes et s’engager dans les batailles. Deux passages m’ont fait penser à l’aspect furie, des déesses des batailles associées à la Corneille qui  encouragent les guerriers au combat  :
– « Mais là, les femmes se jetant à leur rencontre avec des épées et des haches et poussant des cris aigus de colère et de rage s’efforçaient de repousser à la fois les fuyards et leurs poursuivants, les uns comme traîtres, les autres comme ennemis. »   (Plutarque, Vies parallèles, Marius, XIX, 9)
–  » […] parmi elle couraient des femmes semblables à des furies, les cheveux dénoués et portant des torches  (Tacite, Annales, XIV, 30) ».

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