Ouab, authenticité et identité païenne

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Dans l’article précédent, « La question de l’identité dans le (néo-)paganisme contemporain », il a été question du fait que l’identité culturelle puisse être liée à une quête de soi. Une recherche, qui répond à un désir de vérité intérieure, de retour aux « origines » bref d’authenticité. Il peut aussi être question du désir de retour à un age d’or, un paradis perdu ou un idéal de civilisation. La quête de soi, c’est aussi la recherche de réponse à des questions existentielles propre à la quête spirituelle, par exemple : « Qui suis-je ? », « D’où je viens ? », « Quel est le but de l’existence ? », « Est-ce que le divin (singulier ou pluriel) existe ? », « Qu’est-ce que la vie ou la mort ? », etc.

Pour ma part, je vais m’attarder sur la notion de vérité intérieure et d’authenticité. Pourquoi ? Comme je l’ai noté dans la fin de l’article précédent, je vois un lien avec la notion de pureté, sur laquelle je m’étais penchée via le mot d’ancien égyptien « Ouab » (cf. Livre écrit à ce sujet « Ouab – fonction sacerdotale et sens initiatique de la pureté dans la tradition spirituelle égyptienne »). Dans l’article, « Tribulations païennes de début 2018 », j’avais re-noté dans quelles circonstances, ce mot est devenu important ou une clef pour moi. Pour ceux qui ne l’ont pas lu, vous pouvez suivre ce lien. C’est l’avant-dernier paragraphe tout en bas. Pour ceux qui s’en souviennent, je ne vais pas me répéter ici. 🙂

Pour commencer, je vais vous présenter le mot « Ouab » et deux façons de l’écrire en hiéroglyphes, sachant qu’il y en a d’autres.

Ouab signifie :

  • Adjectif : pur.
  • Verbe : se purifier, se baigner, nettoyer, purifier et aussi servir en tant que prêtre.
  • Nom : purification, pureté.
  • Fonction sacerdotale : désigne la catégorie des « prêtres purs ».

Cf. dictionnaire du Projet Rosette

Se terme recouvre donc tous ce qui a trait à l’idée d’être pur, de pureté, de purification et de se purifier, ainsi que le sacerdoce des prêtres purs. C’est la notion de pureté. Cela veut dire quoi être pur ?

Dictionnaire Larousse (édition 2006)
Pure,e :

  • Qui est sans mélange.
  • Qui n’est ni altéré, ni vicié, ni pollué.
  • Qui est sans corruption, sans défaut moral.
  • Qui est absolument, exclusivement tel quel.

Synonymes de pureté : limpidité, netteté, honnêteté, candeur, innocence, honneur, sagesse, vertu, chasteté, droiture, franchise, exactitude, authenticité, clarté, désordre, diaphanéité, exemption, transparence, virginité, etc.

Quand je l’ai étudiée dans le contexte égyptien. J’ai vu que la purification servait à ramener la chose ou l’être « purifié » à son état d’origine. Dans les textes, l’eau utilisée pour les purifications évoque le Noun, l’océan primordiale des cosmogonies égyptiennes, l’eau céleste de la déesse-ciel Nout (qui enfante le soleil, les dieux) et le Nil, source de vie. C’est donc à la source de toute vie, qu’il est fait appel pour être purifié. J’ai trouvé dans les textes des idées évoquant le retour à l’état de pureté du nouveau-né, des dieux, du dieu solaire renaissant chaque jour ou encore du phœnix qui renait. Il y a pas mal d’éléments, qui renvoient à l’idée de revenir à son état primordiale, son être originel, donc d’être authentique dans le sens de non influencé par un ou des éléments extérieurs, non-soi. Être « tel quel » comme le dit la définition du Larousse. D’ailleurs, les anciens égyptiens pensent le temps comme un cycle, avec l’idée de retour au temps de l’origine, le temps du début de la création. Le nouvel an est une réactualisation par exemple du premier jour de la création. Et chaque jour aussi, car le soleil renait chaque matin. Ce sont des répétitions symboliques de la cosmogonie.

Les termes « pur » et « pureté » étant parfois associés à des codes moraux coercitifs, notamment dans les mouvements extrémistes ou intégristes (idéal de chasteté, de virginité, pureté raciale…), je leur ai préféré à l’usage leurs synonymes « authentique » et « authenticité ». Hors en lisant des articles au sujet de l’identité culturelle… voilà que je tombe sur l’idée de « quête de soi » et « authenticité ».

Je vous copie ci-dessous l’article de Patrick Charaudeau, « L’identité culturelle entre soi et l’autre » et le passage qui m’a interpellé :

La quête d’une origine

Cette idée est née dans le prolongement de l’idée que l’identité culturelle était finalement une sorte de paradis perdu. Elle est particulièrement prégnante à notre époque, et peut-être est-ce une marque de notre modernité. Il fallait pour cela que les guerres s’éloignent dans des horizons de temps et d’espace lointains, que les grandes causes de luttes sociales s’effondrent, et que, du coup, les repères traditionnels disparaissant, les liens sociaux se distendent.

Alors, l’identité du groupe ne pouvant plus se construire dans l’action ni dans la perspective d’un “être ensemble contre un autre-ennemi”, revient en mémoire un passé, une origine vers laquelle on se tourne avec nostalgie et que l’on désire récupérer. Cette origine se concrétise ici dans un territoire (la Corse), là dans une langue (la Corse, le Catalan, le Basque) ; ici dans la résurgence de coutumes anciennes, là dans une ethnie qui s’était mélangée et qu’il faut purifier (Serbie, Pays Basque) ; ou encore dans la relecture des valeurs religieuses (les intégrismes).

Dès lors, s’opère un mouvement de retour vers ces origines aussi bien de la part des individus que des groupes sociaux, avec une volonté plus ou moins affirmée (plus ou moins guerrière) de retrouver ce paradis perdu. Commence alors une quête du soi, au nom d’une recherche de l’authenticité  : saisir son identité serait saisir l’authenticité de son être.

Actes du colloque de Louvain-la-Neuve en 2005
Patrick Charaudeau *, « L’identité culturelle entre soi et l’autre », Centre d´Analyse du Discours, Université de Paris 13

L’identité répond en effet à la question : « Qui suis-je ? ». Par exemple, je suis une femme, je suis une mère, je suis européenne, je suis française, etc.

Question qu’on retrouve dans les quêtes spirituelles anciennes et contemporaines, mais qui demande comme réponse autre chose que des réponses concernant les aspects les plus superficiels ou extérieurs de l’être. Si vous vous engagez dans une démarche spirituelle, c’est pour obtenir des réponses autres que celle concernant votre genre ou votre nationalité, je pense.

Cette question sur l’être est aussi présente dans la démarche de purification, comme démarche d’authenticité ou de retour au soi d’origine, « sa vérité intérieure » ou son « identité profonde ». La purification est une étape de beaucoup (voire la plupart ?) des cheminements initiatiques.

Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. 🙂

Notes :
* Patrick Charaudeau, Professeur Émérite de l’université de Paris 13, chercheur au CNRS, membre du collège iconique de l’INA

 

Un commentaire pour “Ouab, authenticité et identité païenne”

  1. J’aime beaucoup suivre ta réflexion sur la question, et il me tarde de lire la suite.

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